XLVIII LA VIE ET LES TRAVAUX
sans valeur sur la table même où tant de perles étaient tombées de sa plume !
M. Joubert était assis dans son lit, à demi vêtu d'un spencer de soie, et entouré de livres. Il nous reçut avec cette bienveillance exquise dont on se sent flatté comme d'une distinction personnelle. Dès l'abord ce pendant une singularité m'avait frappa. Je l'avais vu quitter, à notre approche, un volume dont il était occupé, la main enveloppée dans un gant ciré, à polir la couverture. J'ai su depuis que, lorsque sa santé ne lui permettait ni de monter à sa galerie, ni de se livrer aux travaux de la pensée, il lui arrivait souvent de faire descendre quelques-uns de ses écrivains favoris, pour rendre à leur parure de ces petits soins humbles et naïfs où se laissait aller son amour pour eux. On concevra, du reste, le prix qu'il attachait à ses livres, en songeant que c'était peu à peu, sur des épargnes dont l'emploi était parfois contesté , et presque toujours après de longues recherches, qu'il les avait successivement acquis. La librairie d'alors n'offrait pas les richesses qu'étale aujourd'hui la nôtre. Les auteurs de quelque prix n'avaient point encore reçu les honneurs de ces réimpressions fécondes qui, sous des formes multiples, viennent, presque malgré aous, envahir nos rayons. Il fallait chercher les occasions et les saisir. Or, pour M. Joubert, les occasions devenaient d'autant plus rares qu'il était curieux de