LVI LA VIE ET LES TRAVAUX
« dormait sur mon épaule. Pauvre jeune homme! Il a va commencer la vie sous les auspices d'un maître «c dont les premiers jours n'ont été protégés par perte sonne; nul ne s'est chargé de me faire voyager; « mais je ne suis pas Auguste, et tout le monde n'est « pas le filleul de madame de Beaumont!... Savez- « vous que j'eusse assez aimé autrefois à être l'esclave « d'un bon maître? Je suis sûr que cette propriété de « l'homme sur l'homme devait établir parmi les an- « ciens des relations d'amour et d'intérêt que nous « ne connaissons plus. C'est pourquoi le mot domes- « tique, qui vient de domus, indiquait dans le servi- « teur une partie de la maison , presqu'un membre « de la famille. Tout cela n'est pas bien fier; mais je « suis ennuyé de courir toujours pour mon compte « les chances de la vie, et si quelqu'un voulait se « charger de me nourrir, de me vêtir et de m' aimer, « cela me ferait grand plaisir. »
Il y avait longtemps que chez lui M. Joubert avait accepté ce rôle d'affectueuse protection. Sans rompre de justes distances et sans donner à personne la fantaisie de les franchir, il se préoccupait volontiers des intérêts, des petits propos de ses gens. Volontiers il jetait au milieu d'eux de bonnes paroles qui les comblaient d'aise et d'encouragement. Parmi les solennités de famille dont il ne laissait guère échapper l'occasion, les nonnes fêtes étaient celles où de son