LVIII LA VIE ET LES TRAVAUX
mieux que du stoïcisme, il me semble, plus même que de la résignation chrétienne, car on n'y saurait découvrir la préméditation d'aucun calcul ni l'indice d'aucun effort. On dirait l'épanchement continu d'une âme d'où les pensées heureuses, les joies tendres et naïves rayonnaient comme une auréole de douceur et de paix. C'est par là surtout que son souvenir est demeuré délicieux à sa famille et à ses amis. Combien de fois, dans la crainte que mon jugement ne s'égarât au milieu des influences du foyer, n'ai-je pas interrogé, avant d'écrire cette notice, les étrangers qui ont vécu dans son intimité ! Je n'en ai point rencontré qui ne gardassent une sorte de culte pour sa mémoire et ne s'associassent à nos regrets avec une spontanéité dont la vive et sympathique expression m'a bien souvent touché. Qu'il me soit permis de dire ici quelques mots de l'un des hommes qui m'ont semblé l'avoir le mieux compris et le plus aimé.
Parmi les personnes qui fréquentaient le salon de madame de Beaumont, j'ai nommé M. Mole. M. Mole, fort jeune encore, se distinguait par une maturité précoce. Son éducation venait de s'achever au milieu des grandes scènes de notre révolution , et aux leçons de l'histoire s'étaient joints pour lui les enseignements des faits contemporains. Il avait vu se dérouler le drame d'un œil plus ferme qu'il ne semblait appartenir à son âge et à sa condition. Je m'en étonne peu