DE M. J. JOUBERT. LX1II
tait, d'ordinaire couché jusque vers trois heures de l'après-midi , son lit s'entoura d'auditeurs de plus en plus avides de l'entendre. Je n'essayerai pas de donner une idée du charme de sa parole; ce talent fugitif est un de ceux qui, tout en causant les émotions les plus vives, laissent les traces les moins saisissables. Il résulte de je ne sais quel accord heureux entre l'esprit et la personne, la voix et le regard, le geste et le mot, dont les secrètes harmonies s'évaporent comme des parfums ou des sons : on en jouit, mais on ne le peint pas. Malheureusement le causeur cédait avec un si facile abandon à l'entraînement qu'il communiquait, qu'inquiète gardienne de sa santé, madame Joubert était souvent forcée de lui commander le silence, ou de défendre les approches de son appartement contre l'accès empressé de ses amis. Mais il s'offrait toujours quelque occasion, quelque prétexte d'échapper à cette surveillance. Les abattements revenaient alors , les douleurs de poitrine, les crachements de sang, et c'était à Villeneuve qu'il fallait aller chercher un peu de solitude et de repos. A Villeneuve pourtant d'autres travaux, d'autres soins attendaient M. Joubert. Un doux et perpétuel enthousiasme, cette ardeur sublime et cachée qu'il attribuait à quelques écrivains et dont il était plus qu'eux dominé, continuait de brûler en son âme ; le feu couvert succédait à la flamme ; la méditation remplaçait les causeries, et je ne sais si