XC1I LA VIE ET LES TRAVAUX
fidèle de sa personnalité. Les pensées auront sans doute un grand prix, aux yeux des hommes qui attachent quelque valeur à la nouveauté des aperçus, à la finesse des expressions, à l'éclat des images. Elles offriront aux esprits délicats une abondante et délicieuse pâture; mais les lettres de M. Joubert montrent de plus près encore l'aménité de son âme, son dévouement à l'amitié, sa philosophie sereine et naïve. Je ne sais quelles exhalaisons embaumées de douceur et de paix semblent s'échapper de leurs pages. Il y a là bien plus que le souvenir et le culte de l'antiquité ; j'ai cru y retrouver l'antiquité elle-même se reproduisant, par un caprice du hasard, sous une plume contemporaine, et j'en ai recherché les débris avec l'empressement curieux qu'on mettait à découvrir quelques épîtres égarées de Pline ou de Cicéron. Mon insistance a pu même, j'ai heu de le craindre, paraître incommode à quelquesuns de ses amis. Qu'ils reçoivent ici ou mes remercîments ou mes excuses. J'obéissais, en les fatiguant de ma prière, à un besoin impérieux, celui de montrer sous un aspect de plus cette nature d'élite jetée sur la terre comme un modèle, et qui demeurera désormais un des plus rares ornements du siècle où elle a paru. Maintenant ma tâche est accomplie. J'y ai consacré, pendant trois années, tous les intervalles de loisir que me laissaient des fonctions laborieuses , car j 'avais à compenser par la longueur du temps l'inhabileté de