CVI1I JUGEMENTS LITTERAIRES
et pour ainsi dire la généalogie de chacun de ses livres. Je l'ai vu aussi bon et aussi simple dans les relations de famille, que supérieur dans le commerce de l'esprit et de la pensée; j'ai admiré la facilité avec laquelle il se pliait aux affaires Bans les aimer; je pourrais presque dire à quelle occasion, sous l'influence de quel événement public ou privé, après quelle conversation ou quelle lecture il a écrit chacune des maximes que je trouve dans son recueil; et je m'explique très-bien, par la rigueur de son goût, et par le besoin qu'il éprouvait de rendre avec une précision extrême des idées plus élevées que précises , pourquoi il n'a fait un excellent ouvrage qu'en rédigeant jour par jour ses réflexions et ses jugements. Avec plus de talent qu'il n'en faut pour produire un gros livre, il serait mort à la peine avant d'en avoir achevé les premières pages. Je juge enfin que chez lui l'homme dépassait encore l'écrivain, et que Va9ectation que l'on remarque quelquefois dans son style j**est que la trace du tourment qu'il se donnait pour égaler ses expressions à sa pensée. Les esprits médiocres écrivent parce qu'ils sont médiocres, et peut-être y a-t-il plus d'esprits supérieurs qu'on ne pense qui n'écrivent pas parce au'ils sont supérieurs. Grâces soient rendues à M. de Raynal de nous avoir introduits dans l'intimité de M. Joubert ! Nous n'aurions eu que les pensées écrites; no'"s avons l'homme même, cela vaut encore mieux.
Une autre partie toute neuve de cette édition, c'est la correspondance. Je commence par avouer avec franchise que je suis très-las des correspondances; j'ai horreur de ce gros volume de lettres par lequel il est d'usage aujourd'hui de terminer une édition complète des œuvres de tout le monde. ucs gens qui n'ont pas écrit un billet sans songer que ce iillet serait peut-être imprimé, auraient bien mérité de perdre leur peine; quant à ceux qui ont eu le bon sens de n'employer la poste que pour se livrer à d'innocents bavardages avec leuis amis ou leurs cousins de province, je demande qu'on respecte à leur égard le secret des leltres. En un mot, des lettres écrites pour être imprimées sont de mauvaises