M. DE SACY. CVI
à lui, public d'élite, dans lequel on comptait M. de Fontanes et M. de Bonald, les deux hommes les plus spirituels de leur temps, et un homme de génie, M. de Chateaubriands En 1838, quatorze ans après la mort de M. Joubert, sa veuve fit imprimer un premier recueil de pensées qui ne levait encore qu'à demi le voile modeste sous lequel M. Joubert s'était plu à cacher &a supériorité. Distribué comme un souvenir, et retenu presque encore avec une sorte de pudeur religieuse dans les mains de la famille et des amis, le livre fit pourtant sensation: M. de Chateaubriand y avait joint une préface éloquente et n'avait pas dédaigné le titre d'éditeur de ce petit ouvrage si substantiel. Ce n'est donc, chose singulière l que quatorze ans après sa mort que M. Joubert a commencé à vivre pour tout le monde. Cette vie glorieuse qu'il n'a pas recherchée, qu'il afuieplutôt , elle lui est maintenant assurée. Madame Joubert n'avait voulu que préserver de la destruction les feuilles légères où celui qu'elle devait bientôt aller rejoindre avait gravé ses pensées de chaque jour; ce que la piété de la veuve avait commencé, le dévouement de la famille à la mémoire de M. Jouberl vient de l'achever. M. de Raynal, que les liens les plus étroits unissent à un respectable et savant magistrat, frère de l'auteur dès Pensées, s'est chargé du soin de revoir, de coordonner, de livrer au puhlic tout ce qui reste de M. Joubert, pensées, maximes, correspondance, et de nous faire connaître, dans une excellente notice biographique, l'homme qui s'était si peu préoccupé pendant sa vie de sa réputation future.
L'éditeur mérite bien que je dise d abord un mot de cette notice. Elle est remplie d'intérêt, écrite avec une simplicité touchante et une sorte d'attendrissement sans affectation qui donne un prix aux moindres détails. C'est un de ces portraits vivants dont la ressemblance se fait sentir à ceux mêmes qui n'ont jamais vu le modèle. Je connais maintenant M. Joubert; je l'ai entendu causer; j'ai été admis dans cette bibliotnèque qu'il n'ouvrait qu'à ses meilleurs amis; j'ai manié son vieux Platon tout couvert de ses noies ; il m'a conté l'histoire,