CCXIII. — Louis Racine a Brossette
A Paris, ce 21 mars 1741.
On m'a renvoyé, monsieur, votre lettre à Paris, où je suis pour huit jours. J'ai été d'autant plus charmé de la recevoir qu'une personne que j'avais rencontrée depuis 5 peu m'avait assuré que vous aviez été fort indisposé pendant le mois de janvier. Vous m'apprenez une fâcheuse nouvelle, en me mandant la raison qui retarde l'édition de votre commentaire. Je n'aimais déjà pas trop Newton : je vais le maudire, lui et ses commentateurs. Pourquoi
îo faut-il qu'un long et ennuyeux ouvrage que je ne lirai jamais retarde celui que j'attends avec tant d'impatience ! Du reste, le Boileau de Paris ne profitera pas de ce retardement ; on assure qu'il ne se vend point, et en efiet vous serez toujours le vrai commentateur. Ce nouvel
ï) éditeur vous rend justice dans sa préface, en avouant qu'il n'a fait souvent qu'abréger vos remarques. Mais pourquoi les abréger, quand elles contiennent des choses curieuses ? Il les a tant abrégées que je trouve les siennes bien courtes et bien sèches.
Je reçus hier une lettre de l'ancien et fidèle domestique de l'illustre Rousseau, par laquelle il m'apprend que son maître mourut le i6 de ce mois à Bruxelles où on l'avait transporté d'Anvers.
J'ai lu le Bolxaiia. Il contient des choses curieuses dont vous pourriez faire usage ; mais toutes ne sont pasexactes, suivant ce que m'assure mon frère, mieux instruit que M. Monchénay : ce qu'il fait dire par exempleà Boileau sur Britannicus est très faux. i
J'ai l'honneur d'être, etc.