‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 31 sur 128 · livre. C'est à la page 195 du livre V, où, après avoir dit · texte numérisé non relu

livre. C'est à la page 195 du livre V, où, après avoir dit

que le roi de Suède ne prit nul goût aux satires de M. Des-

20 préaux, qui, en effet, ne sont pas ses meilleures pièces, mais qu'il aimait fort ses autres écrits, vous ajoutez : quand il lut cette épître au roi de France Louis XIV, où V auteur traite Alexandre de fou ou d'enragé, il déchira le feuillet.

Ce trait m'a paru fort singulier et véritablement dans

25 le caractère d'un héros, qui avait pris Alexandre pour son modèle. Je croirais même manquer à l'embellissement de mon commentaire sur Boileau, si je n'y insérais pas ce trait original dans la nouvelle édition que je prépare. Mais voici mes réflexions. Elles regardent ces mots

30 de votre récit : quand il lut cette épître au roi de France. Premièrement, je trouve un sens louche dans cette phrase, car il semble que vous ayez voulu dire que le roi de Suède lut cette épître au roi de France, et cette équivoque, qui n'est que dans l'expression, pourrait se lever

35 aisément en mettant : quand il lut cette épître adressée au roi de France. En second lieu, comme vous avez cité de mémoire l'endroit dont il s'agit, vous avez pris l'épitre V^^ de Boileau pour la satire VIII, dans laquelle, au vers 99, commence le passage que vous avez indiqué :

40 Quoi donc, à votre avis, fut-ce un fou qu'Alexandre ? Qui, cet écervelé, etc..

Ces deux petites inattentions peuvent aisément se corriger en disant : quamd il lut cette satire où Vauteur traite, etc. C'est un changement que j'ai fait faire, et que vrai-

45 semblablement vous ne désapprouverez pas, dans l'édition de votre livre que l'on fait actuellement à Lyon, dès que j'ai su qu'on y travaillait.

Au reste, monsieur, je ne suis point surpris que le roi de Suède n'eût point de goût pour les satires de

50 M. Despréaux. Il faut être Français, et qui plus est, il faut connaître particulièrement les auteurs et les ouvrages qui y sont notés, pour sentir les beautés de ces satires, dont la finesse dépend en partie d'une infinité d'allusions et de personnalités qui ne pouvaient être connues d'un

5 5 prince tel que Charles XII, et c'est principalement pour cela que mon commentaire pourra être de quelque utilité pour les étrangers et pour nos neveux.

Enfin, monsieur, je n'entreprends pas de contredire le jugement que vous portez, en disant que les satires de

60 Boileau ne sont pas ses meilleurs ouvrages. Je conviens qu'elles n'ont pas toutes ce degré de perfection que l'on trouve dans le Lutrin et surtout dans VAri poétique ; mais je ne laisse pas de demander grâce pour la satire VIII, et plus encore pour la IX«, qui, à mon avis, est la plus

65 belle de toutes et celle où il y a le plus d'art, d'invention et de finesse. Je ne crois pas même qu'on puisse m'accuser d'avoir excédé les droits du commentateur quand j'ai dit dans une de mes notes sur cette satire qu*on peut hardiment Vopposer et peut-être même la préférer

70 à tout ce que Vantiquité nous a fourni de plus parfait en ce genre. J'espère, monsieur, que vous pardonnerez ces réflexions à un homme qui est encore plus flatté de la qualité d'ami de feu M. Despréaux que de celle de son interprète.

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