‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 55 sur 128 · CLXI. — De La Ville a Brossette · texte numérisé non relu

CLXI. — De La Ville a Brossette

A La Haye, le 22 octobre 1733.

Monsieur, je reçus avant-hier la lettre dont vous m'avez honoré, et S. E. M. l'Ambassadeur reçut en même temps celle que vous lui avez écrite au sujet de la nouvelle édi- 5 tion qui se fait actuellement ici des œuvres du poète Régnier. Rien n'est plus juste et plus digne de votre probité, monsieur, que le désir que vous avez que votre nom ne se trouve point à la tête d'un livre aussi scandaleux que celui qu'on se prépare, ici, à donner au public. Il

10 n'est rien que je ne voulusse faire pour seconder vos bonnes intentions à cet égard, mais vous jugerez que je ne puis rien ici par moi-même et que ce n'est que de la protection de M. l'Ambassadeur que vous pouvez attendre ce que vous souhaitez. Je me serais fait un plaisir et un

15 devoir de joindre mes prières à votre sollicitation, mais je dois vous dire que vous n'avez pas eu besoin d'un second intercesseur. Son Excellence a été touchée du caractère de probité que respire la lettre que vous lui avez écrite, et s'est déterminée volontiers d'elle-même à tenter ce qui

20 sera faisable pour empêcher ce que vous craignez. Vous serez exactement informé de ce que Son Excellence aura jugé à propos de faire sur cela.

Vous ne m'avez point marqué, monsieur, à qui j'ai l'obligation de m'avoir indiqué à vous comme un homme

25 à qui vous pouviez vous adresser en ce pays-ci . C'est un service d'ami dont je ne pourrais que savoir beaucoup de gré à celui qui me l'a rendu. La connaissance des personnes de votre mérite est un digne objet d'ambition pour moi, et je connais, en particulier, tout le prix d'une

}o liaison que vous me permettriez d'avoir avec vous. Je commence, dès aujourd'hui, monsieur, à profiter avec confiance de ce que vous me faites l'honneur de m'offrir à cet égard, en vous suppliant de faire mettre au bureau de la poste, à Lyon, la lettre que je prends la liberté de

35 joindre ici ; les circonstances des temps me font craindre que le passage des lettres par les Pays-Bas ne soit peutêtre pas, dans la suite, aussi libre qu'il l'a été jusqu'à présent. Si, de mon côté, monsieur, je puis vous être bon à quelque chose, dans ce pays-ci, soyez persuadé que je

40 recevrai vos commissions avec plaisir et que je m'en acquitterai avec tout le zèle dont je suis capable.

Je suis, avec une très grande estime et une parfaite considération, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

45 De La Ville.

P. -S. du 23 octobre 1733. — Ma lettre ne fut point rendue à la poste assez à temps pour partir hier au soir. Ce retardement me donne l'occasion de vous informer, aujourd'hui, que S. E. M. l'Ambassadeur ayant ordonné

50 qu'on cherchât, à La Haye, le s"" Oléander, chez qui vous croyez qu'on imprime le Régnier, on n'a point trouvé de libraire qui portât ce nom. On fera encore de plus exactes perquisitions et Son Excellence parlera certainement avec autorité, si l'on découvre l'imprimeur du livre. Voyez,

55 monsieur, si on ne vous a peut-être point caché, à dessein, le nom du libraire qui imprime l'ouvrage en question, en supposant un autre libraire qui n'existe point, au moins à La Haye.

l6o CORRESPONDANCE

Page 1