‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 62 sur 128 · CLXVIII. — Barrillot a Brossette · texte numérisé non relu

CLXVIII. — Barrillot a Brossette

A Paris, ce 2 février 1734.

Monsieur, avant mon départ de Hollande j'appris la suppression du Régnier. Je jugeai bien que c'était sur votre réquisition ; j'en fis part à M. Rousseau, à Bruxelles 5 où j'ai fait quelque séjour. Ce Monsieur me chargea de vous assurer de sa considération la plus parfaite, et de vous prier de l'excuser s'il ne vous écrivait pas, parce que, dit-il, son amour pour sa patrie, qui ne s'éteindra qu'avec sa vie, l'avait rendu suspect au gouvernement, que l'on

10 ouvrait toutes ses lettres et qu'il aimait mieux se priver des correspondances qui lui faisaient le plus de plaisir que d'écrire et que ses lettres fussent ouvertes. Il envoya en ma présence à son libraire de Hollande le reste des pièces qu'il ajoute à la nouvelle édition de ses œuvres, qui,

15 avecle volume contenant les quatre anciennes pièces de théâtre qu'il a fiiit réimprimer et dont j'ai eu l'honneur de vous parler, feront cinq volumes.

L'abbé ne pouvant parvenir à faire imprimer en Hollande son infime épitre vient de la faire imprimer en ce

20 pays. Il a composé un ouvrage satirique sous le titre de Bibliothèque des romans, qu'il a fait imprimer secrètement, je crois, à Rouen. Une personne de mérite et qui est en place m'a dit, il y a deux jours, l'avoir lu et avoir été choquée d'y trouver à la fin le libelle qu'il avait destiné

25 pour être à la tête du Régnier. Ce livre est encore si rare ici que, quelque soin que je me sois donné pour le trouver, je n'en ai pu venir à bout ; je n'ai même vu que la personne dont je viens de parler qui en ait connaissance. Il me paraît, monsieur, que vous ne devez pas hésiter à

30 rendre publique la condamnation portée contre l'abbé en votre faveur.

On donna hier la quatrième représentation d'Adelaï4ey tragédie par M. de Voltaire. La première fut sifflée. Pendant les dix jours d'intervalle qu'il y a eus de la première

35 à la seconde représentation, il y a fait des changements assez heureux pour qu'elle ait été applaudie, mais non au point de la faire regarder comme une pièce à se soutenir longtemps. L'auteur n'a pu jouir du plaisir de voir les applaudissements. Il s'est si fort épuisé à racommoder

40 sa pièce qu'il en est tombé dangereusement malade, ce qui joint à sa mauvaise constitution fait douter de sa vie. Je compte d'être ici encore une quinzaine de jours. Je souhaite, monsieur, que vous m'y fournissiez les occasions de vous obéir et de vous témoigner l'entier dévoue-

45 ment avec lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Barrillot.

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