CLXXXIV. — Brossette a Rousseau
A Lyon, ce 25 décembre 1736.
Il y a près de trois ans, monsieur, que vous me fîtes prier d'interrompre notre commerce littéraire, à l'occasion de la guerre qui était déclarée entre les deux puissances
5 dans les états desquelles nous vivons vous et moi. Quelque affligeante qu'ait été pour moi cette interdiction, je l'ai observée avec beaucoup d'exactitude. Mais à présent que nos deux souverains sont réconciliés, je pense que nous devons être compris dans le traité de paix et qu'ils ne
10 trouveront pas mauvais que nous rétablissions notre correspondance, ou du moins que je vous renouvelle les assurances de ma plus parfaite estime et de la continuation de mon sincère attachement.
A la mort du prince Eugène % je fus tenté de vous
J5 écrire pour vous faire mon compliment sur la perte d'un héros pour qui vous aviez une juste vénération ; mais à quoi eussent servi mes regrets pour un homme dont le mérite était égal, ou même supérieur, à sa haute vaillance et dont la mémoire ne périra jamais ?