‹ Correspondance de Jean-Baptiste Rousseau et de Brossette; publiée d'après les originaux, avec une introduction, des notes et un indexChapitre 88 sur 128 · CXCV. — Brossette a Rousseau · texte numérisé non relu

CXCV. — Brossette a Rousseau

A Beauvalon, ce 15 octobre 1739.

Vous m'avez mandé par votre dernière lettre, monsieur, que vous alliez faire un petit voyage en Hollande, d'où apparemment vous êtes de retour à Bruxelles. Quant à 5 moi, je suis venu depuis un mois à ma maison de campagne, où je suis occupé à des fonctions que l'on ne connaît ni dans le pays d'où vous venez ni dans celui où vous êtes, c'est-à-dire à faire la récolte du vin. J'ai employé

une partie de ce temps-là à la révision de mon commen-

10 taire qui contient les œuvres en prose de M. Despréaux; de sorte que ma tâche est entièrement achevée, et même j'ai employé les observations que deux ou trois de mes amis ont bien voulu faire sur mes remarques nouvelles. Il ne manquerait rien à ma satisfaction, si j'avais été en état

iS devous les communiquer aussi pour avoir vos corrections, et je donnerais mon ouvrage au public avec une confiance pléniôre. A ce défaut-là, monsieur, je compte bien que vous ne me refuserez pas la grâce que je vous ai demandée et que vous m'avez fait espérer de m'accorder, qui est

20 de corriger mes vers à M. Despréaux, dont je vous ai envoyé une copie. Ce n'est pas assez pour moi que vous les trouviez passables, je veux qu'ils soient bons, ce qui s'appelle bons à votre goût, afin qu'ils le soient aussi au goût du public. Comme je ne suis point condamné à les

25 faire paraître, je vous assure qu'ils n'entreront dans mon édition qu'au prix des corrections que vous voudrez bien y faire et je regarderai votre silence comme une condamnation absolue de mes vers.

J'ai appris depuis quelque temps avec beaucoup de plai-

30 sir que vous avez fait imprimer vos odes sacrées, dans un recueil séparé. En cela vous vous êtes conformé, dit-on, aux sentiments de piété d'une très grande princesse *, et à ceux de tous les gens de bien. C'est principalement dans cet ouvrage admirable que l'on sent ce génie sublime

35 et divin qui vous a inspiré dans toutes vos poésies. Vous n'avez point oublié sans doute que je vous avais autrefois conseillé de faire cette collection. Ainsi jugez si je puis manquer d'applaudir à un dessein si louable et si digne de vous.

♦ L'archiduchesse gouvernante des Pays-Bas. [Note du manus' crit.]

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