Correspondance de Lamartine
Ce n'est pas sans une profonde émotion que je livre au public ces Lettres de M. de Lamartine. Occupée sans cesse depuis trois ans à les rassembler, aies lire, à les copier pour l'impression, j'ai pu revivre encore par elles avec celui qui n'est plus, retrou ver son entretien, presque sa présence; une partie de sa vie qui m'était inconnue m'a été révélée. Ces lettres m'ont donné la seule consolation que je pouvais avoir, celle de m'unir encore à ses sentiments, a ses pensées, et de travailler encore pour lui comme je le faisais durant sa vie.
Mais le moment était venu de ne plus garder pour moi cette correspondance confiée à mes soins par des amis de M. de Lamartine, jaloux de s'associer à moi pour un pieux hommage à sa mémoire. Je remplis un devoir en la publiant. D'ailleurs je suis fière de la tâche qui m'est échue et du témoignage que j'apporte : je sens que faire mieux connaître M. de Lamartine, c'est le faire
II PllEFACE.
mieux aimer, et que j'aurai ainsi servi, de la manière qui me convient, la gloire de son nom.
Ces deux volumes ne contiennent pas toute la correspondance; j'en garde, pour la publier plus tard, la partie la plus considérable, qui se rapporte à sa vie politique. Celle que je donne aujourd'hui ne comprend que les années de jeunesse; elle commence à la sortie de collège de M. de Lamartine pour se terminera son mariage.
Il ne m'appartient pas de porter un jugement sur ces lettres. D'autres en feront ressortir l'intérêt pour la connaissance de l'homme et du poëte, et diront ce qui se révélait déjà de son génie dans ces confidences à l'amitié. Cette tâche serait trop haute pour moi. Toutefois je ne puis taire entièrement le sentiment que m'a fait éprouver la lecture de ces pages où M. de Lamartine apparaît si semblable à lui-même : ce que j'y ai vu surtout, c'est l'expression si complète d'un cœur qui devait plus tard se contenir, non se refroidir, et à qui les dures épreuves d'une vie si traversée ne devaient rien faire perdre de sa générosité et de sa grandeur, j'ose presque dire de sa tendresse.
C'est dans les lettres à M. de Virieu que ce cœur