A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS
Juilly, le 1"' novembre 1830.
On vient de m'envoyer ici, mon cher ami, votre lettre du 26 octobre. Je ne comprends rien à l'oubh dont vous vous plaignez si justement et dont je suis désolé*. Demain matin, je retourne à Paris, où je crierai fort contre le défaut d'ordre dans l'expédition du journal : tout sera réparé le plus tôt et le moins mal possible.
Ainsi que l'on devait s'y attendre, V Avenir plait aux uns, déplaît aux autres, et ne sera bien compris de la plupart do ceux qui blâment ou qui approuvent, que lorsque les événc-
* et ... En honneur, on ne saurait cire plus mal servi que V Avenir. Faut-il donc vous apprendre que, sans les journaux qui ont donné des frairmcnls de vos articles, je pourrais cire à savoir qu'il a paru? clc, elc. » — M. de Coriolis à Lamennais, 20 octobre 1850.
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ments l'auront commenté. Nous avons affaire à des linbitudos bien envieiliics et à des préjugés tcrriljlcmenl tenaces.
Beaucoup de gens craignent la tyrannie et ne veulent pas de la liberté : que veulent-ils donc? je n'en sais rien, et, en vérité, je crois qu'ils le savent encore moins eux-mêmes. Le royalisme me paraît tourner comtilétement à la folie, et dans quelques-uns à une folie sombre dont les suites pourraient être funestes. Une partie du clergé manque de l'esprit de foi, et ne sait plus ce que c'est que le prêtre : ces gens-là trouvent trèsjuste d'appartenir à qui les solde, et celte solde est leur première et trop souvent leur dernière pensée. « — Mais la Religion? — La Heligion est la messe que je dis et qu'on me paye, le mariage que je bénis et qu'on me paye, le baptême que j'administre et qu'on me paye. » Voilà comment ils entendent Dieu et les choses de Dieu. Pourtant il y en a d'autres qui s'en font une idée un peu différente, et qui croient, — avec, ce me semble, une apparence de raison, — que l'apostolat n'est pas le mandat de la fin du mois, ni la table du presbytère, mais l'autel.
On parle beaucoup d'un changement de ministres*. M. Louis s'en va, M. Guizot s'en va, M. de Broglie s'en va, et tout s'en va, et s'en ira pendant longtemps encore, excepté, mon cher ami, la tendre affection que je vous ai vouée à jamais.
* Le ministère formé le 9 août était une œuvre de coalition, et, comme telle, éminemment transitoire, MM. de Broglie et Guizot y représentaient la politique monarchique, MM. Casimir Périer et Mole, un libéralisme équivoque, préoccupé surtout de Vunité du gouvernement, et de la force à donner aux institutions nouvelles. MM. Dupin, Bignon, Gérard, n'avaient pas de signification politique proprement dite. M. Dupont de l'Eure, seul dans le cabinet, représentait Ij révolution. 11 était soutenu, au dehors, par MM. de la Fayette, Odilon Barrot et Comte, sans parler de MM. Isambert, Bavoux et Mérilhou, ses assistants parlementaires. M. Lafiite avait pour mission de concilier tous ces éléments hétérogènes. Quand il dut en désespérer, il relorma le cabinet, le 2 novembre, en donnant le ministère de l'intérieur à M. de Montalivet, les affaires étrangères au maréchal M.iison (choix provisoire), l'instruction publiiiuc et les cultes à M Mérilhou. MM. Casimir Périer, Dupin et Bignon, ministres sans portefeuille, désertèrent le cabinet, qu'ils savaient fort bien n'être pas au gotit du monarque, et par conséquent n'être pas né viable.
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