A M. LE MAr.QUlS DE CORIOLIS
Juilly, 4 janvier 1831.
C'est un malade, mon cher ami, qui vous souhaite toute la santé possible; un homme fort peu joyeux qui demande pour vous au ciel toutes les joies qu'on peut goûter dans ce triste monde; et si vous dites qu'en vérité elles ne valent pas un désir, j'en conviendrai de tout mon cœur, et je chercherai plus haut quelque chose de meilleur à solliciter de Celui qui donne tout et se domie lui-même.
Par ce que je viens de vous dire de ma santé, vous comprendrez bien ce qui m'a empêché de répondre plus tôt à votre bonne et aimable lettre du 12 décembre. J'ai passé trois semaines dans un état de faiblesse et d'accablement extraordinaiie (jui dure encore et me laisse à peine ce qu'il faut de tête pour vaipier aux affaires les plus pressées. J'aurais, je crois, besoin de repos, d'un repos absolu ; mais où le prendre? à moins que ce ne soit dans la prison où M*" Persil veut m'envoyer. Je ne sais s'il y réussira, je m'en inquiète fort peu : comme il ne viendra pas m'y voir, je n'y trouverai pas, après tout, la plus mauvaise compagnie de Paris.
Ce que vous me dites des Toulousains, de leur caractère et de leur esprit (je dis de leur esprit, car ils en ont), ne m'é-
tonne pas du tout*. Ils sont tellement eux, que, toutes les fois qu'on a eu occasion de demander leur concours pour une chose quelconque, il a fallu toujours s'en passer, « pour de bonnes raisons, » à ce qu'ils assuraient : gentescaltra e retrosa, c'est, en deux mots, leur définition, pour ce que j'en sais. Ce que je sais beaucoup mieux, c'est que personne ne vous est dévoué avec une amitié plus tendre que