‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 122 sur 238 · A M. LE COMTE DE SENFFT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SENFFT

Paris, 18 avril 1831.

Je reçois à l'instant, mon cher et respectable ami, vos deux lettres du 1" et du 7 avril. La dernière me tranquilhse beaucoup, sans m'ôter cependant toute inquiétude. Je compte sur l'effet du printemps pour ramener les forces et calmer les symptômes nerveux ^ Mais, hélas! c'est l'âme qu'il faudrait guérir de ses blessures profondes, et cela. Dieu seul le peut : je le prie de tout mon cœur pour elle et pour vous, attendant,

* Il s'agit ici, bien évidemment, d'une maladie de M"° de Senffl.

avec une patience qui chancelle quelquefois, le jour qui nous réunira, j'espère, là où la paix n'est plus troublée et où la joie n'a pas de déclin. Je souliaile trés-vivcnient (juc vous ne retourniez pas habiter voire dernier séjour ' : il vous serait plus triste que jamais. Je ne souhaite pas moins que la Providence, par une combinaison de circonstances que je ne prévois pas, m'accorde le bonheur de vous revoir, non-seulement à cause de la si grande consolation qu'y trouverait mon cœur, mais aussi pour contempler ensemble l'étonnant spectacle ({n'offre aujourd'hui le monde, et chercher à y découvrir les vues de Dieu sur le genre humain. Pour moi, je crois profondément à une transformation universelle de la société sous l'influence du catholicisme, qui, affranchi et ranimé, reprendra sa force expansive et accomplira ses destinées en s'assimilant les peuples qui ont jusqu'ici résisté à son action; tout se prépare pour cela, et la pohtique européenne n'a été et n'est encore que l'instrument aveugle de la Providence, qui se sert d'elle comme elle se sert du libéralisme anti-chrétien, pour réaliser cette grande promesse : Et erit unum ovile et xinus Pastor. Si les Puissances comprenaient cela, elles sauveraient aux peuples d'effroyables calamités et se sauveraient elles-mêmes. Tout le monde, aujourd'hui, agit contre soi, et c'est à mes yeux une des plus fortes preuves que tout ce qui est est réprouvé, et que Dieu a pris en main le gouvernement du monde pour y établir un ordre nouveau ; s'il existait/dans une certaine position ^ un homme qui sentît cela, et qui se plaçât, pour ainsi dire, au milieu de l'action divine, jamais il n'aurait paru sur la terre rien de si grand que cet homme.

Adieu, cher ami; faites agréer à madame de Senfft mes vœux ainsi que mes tendres et respectueux hommages. Je vous embrasse de cœur^.

* Turin.

^ Sur le Saint-Siège, naturellement.

^ Lettre supprimée : — A M. le baron de VitroUes. Juiliy, 28 mai 1851.

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