A M. L'ABBÉ
Juilly, 17 avril 1831.
Je VOUS dois beaucoup, monsieur, mais pas plus que mon cœur ne peut payer en recoimaissance et en affection, et je dois me consoler des injustices qui m'ont valu de votre part des preuves si touchantes et si honorables d'intérêt. L'abbé Gombalot, pour qui je prends la liberté d'insérer un petit billet dans cette lettre, recevra très-incessannnent, de Paris, ma procuration en blanc, à l'effet de poursuivre l'auteur des horribles calomnies dont j'ai été l'objet, et qui rejaillissent; à quelques égards, sur tout le clergé dont j'ai l'honneur d'être membre. Toutefois, je recommande expressément à l'abbé Gombalot de se guider par vos conseils, et de ne rien faire que vous ne l'approuviez. J'ai heu de croire, d'après ce que m'écrit M. Sibour, qu'un prêtre, actuellement malheureux, n'est pas étranger aux intrigues dont j'ai tant à me plaindre. Je ne voudrais pas aggraver sa position, déjà ti'op fâcheuse; en ce qui me con-
20i CORRESPONDANCE
cerne personnellement, je lui pardonne de tout mon cœur le mal qu'il m'a fait, sans cause, je crois. Seulement, pour sauver ce que je dois à ma réputation comme prêtre, il pourrait, dans les termes qu'il lui coûterait le moins d'employer, mais clairs et précis toutefois, déclarer par écrit que « étant soupçonné d'être l'auteur des bruits en question, il est de son devoir de les démentir comme absolument calomnieux; » — que si quelques ecclésiastiques d'Aix, où ils se sont d'abord répandus, déclaraient aussi qu'ils se sont assurés, par des recherches exactes, de leur complète fausseté, ces deux pièces, pubhées dans l'Avenir^ suffiraient, ce me semble, pleinement à ma justification, et je n'aurais pas la douleur d'être obligé de traduire devant les tribunaux plusieurs prêtres peut-être, à qui, en toute autre circonstance, je serais heureux de donner toutes sortes de marques de respect et de déférence. En résumé, monsieur, je remets toute cette affaire en vos mains; décidez péremptoirement : le bon Dieu, dont nous ne cherchons l'un et l'autre que la gloire, vous inspirera ce qui sera le mieux.
Permettez que je vous prie encore d'offrir à M. l'évêque de Marseille l'hommage de ma profonde vénération, et agréez vous-même l'expression des tendres et respectueux sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre trés-humble et trés-obéissant serviteur.