‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 124 sur 238 · A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

Juilly, 21 juin 1831.

Je vous remercie mille fois, mon cher ami, de vous être souvenu de moi à Toulouse, et des nouvelles que vous me donnez de votre si aimable et si bonne famille. Je me réjouis qu'elle soit en ce moment absente de Paris, car tout le monde presque y a été et y est encore malade ; au point que, dans une maison que je connais, il a fallu successivement aller chez quatre médecins avant d'en trouver un qui ne fût pas retenu au lit. Ce n'est pourtant pas, grâce à Dieu, le choléra-morhuSy mais quelque sorte d'indisposition légère qu'on attribue aux subites variations de l'atmosphère. Cela, ou autre chose, j'ai été moimême presque toujours souffrant depuis quelques mois, et, quoique je me sente mieux, j'éprouve cependant encore une faiblesse excessive, ce qui, quehjuefois, me ferait croire presque que je deviens pair. Je suis charmé que mon article ne

vous ait pas déplue On dit que le gouvernement renonce à l'hérédité; à sa façon d'agir, je ne doute pas au moins qu'il n'y renonce pour lui : il est bien le maître.

Vous apprendrez avec plaisir que les actions et les coupons arrivent en grand nombre à Y Avenir^ et avec des lettres qui montrent tout le zèle qu'on met à le soutenir. J'espère que peu à peu nous triompherons des préventions qu'on a suscitées contre nous. Chaque jour on fait quelque progrès; chaque jour les idées que nous défendons pénètrent davantage dans les esprits; chaque jour notre voix trouve plus d'échos. J'espère que vous contribuerez beaucoup à lui en créer où vous êtes, quelque endurci qu'on soit dans un système fatal. On verra, plus tard, où il conduit, et l'intérêt est aussi une lumière. Ceux qui, suivant les sages conseils de la Gazette et de la Quotidienne, refusent aujourd'hui de se rendre aux élections, s'apercevront bientôt de ce qu'il leur en aura coûté pour conserver ce qu'ils appellent Vhonneiir de leurs principes; car (( ces principes » et « cet honneur » les mènent tout droit à quelque chose de semblable à 93; et ceux qui les conseillent le savent bien. On pensait et on agissait autrement en 97 et 98. Mais basta!... c'est, je crois, un mot du pays.

Je vous prie de faire agréer mes respects et mes hommages aux personnes qui vous entourent. Avez-vous le projet de revenir cet automne à Paris? Il se passera peut-être bien des

* Votre article sur la Pairie m'a enchanlc. Il faut l'exécutera mort, et je dirais volontiers avec Olivier Cromvvell : — Délivrez-nous de cette marotte!... Je n'ai encore vu que fort peu de nos scaltri et retrosi (les lég:ilimistes toulousains). Ils nous supposent avec le Palais-Royal les grêles intrigues qu'ils ont, eux, avec Holyrood. Cela ne vous n'jouit-il pas? — M. de Coriolis à Lamennais. Toulouse, 12 juin 1851.

...Le nouveau curé de notre nouvelle cure... est cet abbé Armand que vous avez connu ici... Il m'a beaucoup parlé de vous, cher ami, mais, comme tout le clergé du pays, il est fort éloigné do vos nouvelles doctrines. Ils déplorent tous la'perte d'un défenseur de leurs principes, comme ils les entendent. Je dois vous dire, et c'est avec peine, que, dans tous les pays que j'ai traversés, je n'ai pas pu recueillir un seul assentiment, même dans les différentes opinions, à vos théories. Je cherche à les expliquer avec vos paroles, point en homme qui les partage, mais comme un ami qui les comprend; et je n'ai pas le moindre succès. — M. de Vitrollcs à Lamennais. Château de Yitrolles, 17 juin 1831.

choses d'ici là. Elles scliûleiil coiiiinc les ombres près du fleuve d'oubli ; il faudrait (jue je busse une terrible quantité de ses eaux pour qu'elles effaçassent jamais, mon cher ami, votre souvenir dans mon cœur.

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