‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 125 sur 238 · A M. LE COMTE DE SE.NFFT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SE.NFFT

Paris, le 27 juin 1831.

Vos letlres, mon excellent ami, ne me parviennent qu'après des retards assez longs; vous avez vu, par la dernière que je vous ai écrite, combien j'attendais impatiemment des nouvelles de M'"* de Sentît, et malheureusement celles que vous me donnez (le 27 mai) ne sont pas encore de nature à me tranquilliser entièrement. Toutefois, je sais par expérience que la plupart des maladies nerveuses occasionnent plus de souffrances qu'elles n'offrent de danger. Ce qui serait le plus à craindre, ce serait l'épuisement des forces. J'espère que celles de notre chère malade se soutiendront, et que leur équilibre se rétablira : il me tarde que vous m'en donniez l'heureuse nouvelle. A Paris, il a régné une épidémie de bronchite, dont plus de quarante mille personnes ont été attaquées à la fois, et qui dure encore. Pour nous consoler, on nous annonce le choléra' morbiis, qui parait avoir sur la peste l'avantage d'être notablement plus expéditif; s'il pénètre, à travers l'Allemagne, jusqu'à nous, j'y verrai une intervention de la Providence pour prévenir de plus grandes calamités peut-être.

Nous avons perdu, ces jours derniers, le comte de Montalembert : c'était un homme d'un beau caractère, et qui nous fait bien faute ; son pauvre fds, jeune homme plein de talent et de courage, et d'une piété d'ange, est dans une grande désolation. Que de personnes, déjà, vous ne retrouveriez plus à Paris 1

Si ce n'est pas être indiscret, je vous prierai, mon cher ami, de me rendre un service. Il est presque impossible de trouver ici un bon Bréviaire romain; je n'ai pu, malgré mes

recherches, m'en procurer que de Irès-défectueux : les rehgieux Méchitaristes en ont donné, à Vienne, une édition fort estimée; s'il vous était possible de m'en envoyer, par occasion, un exemplaire {avec l office de Grégoire VII), vous me feriez un très-grand plaisir.

Les journaux vous auront appris l'horrible détresse des Irlandais : ils meurent de faim, par centaines, dans un pays qui regorge de blé; nous avons ouvert pour eux une souscription. Il est impossible que les choses restent comme elles sont dans ce malheureux pays. — Dieu interviendra.

Je ne monte pas une fois au saint aulel sans me souvenir de vous et de M™^ de Senfft. Priez aussi pour moi; j'en ai, de toutes manières, grand besoin. Tout à vous du fond du cœur *.

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