A M. LE COMTE DE SE.NFFT
Juilly, 6 août 1831.
Je suis étonné, mon excellent ami, du temps que vos lettres mettent à me parvenir; je reçois aujourd'hui même celle du 4 juillet, et les miennes, probablement, ne restent pas moins de temps en route. Gela fait une bien lente conversation. Enfin c'est beaucoup, c'est tout que d'apprendre que vous êtes rassuré, maintenant, sur la santé de M'"^ de Senfft. Avec quelle joie, madame, j'ai revu votre écriture, après une si longue interruption ! et avec quelle plus grande joie encore je vous reverrais vous-même, ainsi que notre cher comte ! Je ne sais
que les prévenus ont tenu, école sans autorisation, qu'ils ont ainsi violé l'art. 56 du décret susdit, les condamne chacun, et par corps, à 100 fr. d'amende et aux frais du procès. — M. Persil avait accusé MM. de Monlalembert, Lacordaire et de Coux « d'avoir essayé de corrompre la jeunesse, en l'associant à un acte illégal. » La condamnation, paraîl-il, fut prononcée à une immense majorité. Sept ou huit membres, seulement, avaient conclu au renvoi. Voir, au surplus, les plaidoiries dans la Gazette des Tribunaux des 22 el 25 septembre 1851 .
si j'aurai jamais ce bonlieur sur la terre. Mes forces s'en vont bien vite, au milieu des chagrins et des soucis de toutes sortes, dont la Providence a semé ma route en ce monde. Je ne suis plus qu'un vieillard qui se Iraîiie vers sa fosse. Ce me serait une douce consolation, dans mes misères sans nombre, que de pouvoir m'entretenir seulement quelques heures avec vous. Ce moment viendra-t-il? encore un coup, je l'ignore. Conîme vous, je prévois de grands maux ; mais je ne crois pas, connue vous, que la civilisation unisse ; je crois qu'elle se transforme; je crois qu'à l'ordre ancien, le catholicisme renaissant en substituera un nouveau, et que la dernière ère de l'humanité connnence. 11 ne faut plus songer au passé; il est mort à jamais. Notre tâche est de préparer l'avenir, que Dieu réserve aux peuples destinés un jour à se rassembler comme une seule famille à l'ombre de la croix ^ Je ne dirai pas que je comprends que cela doit être; il me semble que je le vois plus clairement et plus vivement qu'aucune chose présente : mais là, on ne voit rien, on ne comprend rien encore; on est plongé, perdu dans les ténèbres extérieures des intérêts terrestres, qui ne laissent pénétrer aucun rayon de lumière. Dieu le veut ainsi.
Nous voilà en guerre avec la Hollande ^ ; la commencerait-
* ...Je voudrais bien, cher bon ami, vous transporter ici autrement qu'en pensée, mais vous accomplissez votre terrible vocation, celle de lutter et combattre pendant toute votre pauvre vie. Je vous plains d'en avoir accepté toutes les conditions si fort à la lettre, et pour moi, qui pense que vos efforts sont entièrement inutiles, vous me représentez le héros grec qui épuisait son courage et donnait les plus beaux coups de lance contre des nuées. Ce pauvre monde n'en ira pas autrement qu'il a été jusqu'à présent, d'une liberté licencieuse à une tyrannie comprcssive que je vous souhaite pour votre repos et pour le mien. — M. de Vitrotles à Lamennais. Vitrolles, le 28juilletl85i.
'^ Après avoir offert la couronne au duc de Nemours, et subi le refus imposé à la France par la jalousie européenne, la Belgique s'était doimé un gouvernement provisoire, dont le chef nominal était M. Surlet de Chockic. A Gand et à Anvers, le parti hollandais, très-puissant, appelait une restauration, et, dans cette dernière vifle, le général Chassé, gouverneur de la citadelle, avait maintenu le drapeau des Pays-Bas Guillaume de Nassau armait en toute hâte. Ce fut dans ces circonstances que, le 2G juin 1«S51, Léopold de Saxc-Cobourg accepta le trône de Belgique. Immédiatement après, M. de Talleyrand et lord Palmerslon signèrent, à part de la conférence de Londres où ils siégeaient,
elle si elle ne comptait sur un secours puissant? cela n'est guère probable. Selon toute apparence, l'Europe entière va être en feu. Peut-être bientôt notre correspondance sera-t-elle interrompue. A tout événement, je vous supplie de ne perdre aucune occasion de me donner de vos nouvelles. Ce sera comme ces signaux qu'on s'envoie, d'un vaisseau à l'autre, sur une mer soulevée par la tempête, Qu'ai-je besoin de vous dire que, quoi qu'il arrive, mon cœur ne cessera jamais d'être prés de vous?