‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 126 sur 238 · A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

Juilly, 17 juillet 1851.

Comme vous l'avez vu, mon cher ami, les républicains voulaient se réjouir un peu le 14 juillet-; mais le gouvernement ne l'a pas trouvé bon, et il a renvoyé la fête aux '27, 28 et 29 du courant. Le premier de ces jours on rira, le second on pleurera, et le troisième on fera je ne sais quoi, le tout par

* Lettre supprimée : — A M. le baron de VitroUes. Paris, 1*' juillet 1851.

2 Lamennais parle ici des tentatives faites, le jour anniversaire de la prise de la Bastille, pour planter des arbres de la liberté sur la place de Grève, la place de la Bastille et la place de la Concorde. On déploya contre les jeunes gens qui avaient formé ce projet passablement inoffensif, — 1848 l'a bien prouvé, — un grand luxe de forces militaires et de répression. Parmi les moyens qu'on employa pour déjouer leur plan, ligure l'embrigadementde faux ouvriers (en réalité agents de police), destinés à faire croire que la population des faubourgs était devenue bostile à celle du quartier des Ecoles. Ces troubles donnèrent lieu à un procès intenté par MM. Casimir Périeret Vivien au National et à la Tribune. M. Odilon Barrot plaida pour les gérants des deux journaux incriminés, MM. Paulin et Bascans. M. Vivien déclara, séance tenante, qu'il se désistait formellement de sa plainte. Le jury répondit négativement sur toutes les questions, et l'ordonnance d'acquittement fut accueillie aux cris de : Vive le jury national! — 1°' décembre 1831.

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ordre de M. d'Argout. Kn allcndant, Paris est désort, ot le peuple meurt de faim, de sorte que, de compte fait, sur les trois jours du programme, il y en aura un pour lui, et ce sera le second. Je ne crois pas que le premier soit non plus celui do Louis-Philippe, qu'on dit fort in((uiet et fort embarrassé. Les minisires ne le sont pas moins, malgré leur Chambre introuvable qu'ils doivent à la politique ullra-profonde des royalistes actifs de la Quotidienne. Enfin, pour la seconde ou troisième fois, depuis un an, nous allons entendre le trône parler : ce sera notre fête, à nous, car d'ordinaire il dit de si drôles de choses, le trône ! Après viendront les projets de lois qui probablement seront un peu moins gais : c'est encore l'ordre du programme. Un budget de 1500 millions clora magnifiquement ces exercices constitutionnels. Mais n'admirez-vous point les destinées de cette pauvre petite école qui, de la police correctionnelle, s'en vient comparaître devant la Cour des pairs S chargée de décider si, sous le régime qu'on

* Le procès où M. de Montalemberl, pair de France depuis la mort de son père, figurait parmi les accusés. On sait que MM. de Montalemberl, Lacordaire et de Coux avaient établi, rue des Beaux-Arts, n" 3, une école libre, c'est-à-dire tenue sans diplôme universitaire. Cette école, où l'on devait, selon le programme, enseigner le latin, les mathématiques élémentaires et l'histoire sainte, ne rentrait pas dans la définition légale d'éco\e primaire. (ïomme école secondaire, et en vertu de la loi du il floréal an X, elle ne pouvait s'établir sans l'autorisation du gouvernement. Les trois fondateurs furent en conséquence poursuivis. Cités, pour le 28 juin 1S31, devant la chambre des appels de police correctionnelle, la mort de M. de Montalembert le père, arrivée le 22 du même mois, donna lieu de soulever une question de compétence assez curieuse. M. de Montalembert fils, n'étant ni admis ni reçu à la Chambre des pairs, suivant les us-ages et Téliquelte de cette Chambre, étaitil déjà invo^li du privilège de n'èlrejugé que par elle? Ce privilège s'élcndait-il à ses co-prévenus? La question lutplaidéc par défaut le 28 juin, et les prévenus coiulanmés par corps chacun en 100 fr. d'amende et aux Irais du procès. Il relevèrent le défaut, et plaidèrent au tond le 1 i juillet. Cette l'ois, la Cour admit son incompétence, renvoyant la cause et les parties devant les juges qui devaient en connaître. Le 2 août, les prévenus présentèrent requête loruielle à la Chambre des pairs pour qu'elle eût à se constituer en cour de justice et à leur l'aire droit. (^Voir leur requête et les lettres dont elle était accompagnée dans la Gazette des Tribunaux du j août 1851.) Dans sa séance du 18 août, la Chambre entendit un long rapport de M. de Bastard concluant à l'admission de la requête. Le 16 septembre, la Chambre, réunie à huis clos, lixe au 19 le débat public. Le li», elle se reconnaît compétente. Le 20, en vertu du décret du 15 novembre 181 1, non abrogé, considérant, — en fait.

appelle de liberté, il est permis à l'un de ses membres de faire répéter a, b, c à quelques enfants? Ce sont là de ces choses que le monde n'avait pas encore vues, et qu'il ne reverra pas, je l'espère.

Vous ne doutez pas de mon empressement à profiter de la permission que M°^^ de Coriolis veut bien me donner de l'aller voir à Paris. J'aurais désiré savoir combien de temps elle se propose d'y rester, afin de hâter mon voyage, si le sien doit être court. Des chagrins personnels ont, depuis quelque temps, altéré ma santé déjà très-affaiblie, de sorte que je suis encore forcé de garder la chambre; cependant j'ai repris un peu de force, et j'espère, si je ne retombe pas, être rétabli, autant que je peux l'être, dans deux ou trois semaines, c'est-àdire vers le commencement d'août. Il y a bien à souffrir en ce monde, mais il faut prendre courage; votre amitié, si bonne et si douce, est une des choses qui m'en donnent le plus.

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