‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 133 sur 238 · A M. LE COMTE DE SE.NFFT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SE.NFFT

Paris, 16 novembre 1851.

Vous verrez, par le numéro de V Avenir que je joins à cette lettre, quelle est la résolution que je viens de prendre. Nous

* « ... Noire pauvre amie, M"*" de Talaru, donne de sérieuses inquiétudes; c'est un Fourreau que la lame a grand'peine à soutenir. » — M. de Coriolis U Lamennais, même lettre.

partirons dans Imit on dix jours ; il nous en faudra probablement une vingtaine pour nous rendre '. Hélas ! jusqu'à notre retour, qui défendra les opprimés, la religion, la foi? La tyrannie du gouvernement ne connaît presque plus de bornes. Je crois qu<; son dessein est de faire éclater la guerre civile dans l'Ouest, afin d'écraser le parti carliste, dont la bêtise passe tout ce qu'on peut imaginer. Il y a dans ce parti une vraie rage^ contre nous; et cette rage se combinant avec celle du gallicanisme, qui s'est réveillé sous la protection de l»ome, est devenue dans les évoques une espèce de frénésie. A Lyon, il venait de se former une association catholique composée déjà de huit cents personnes ; M. Barthe s'en est plaint à l'archevêque ; celui-ci a répondu (et il s'en vante) quHl ferait tout ce qu'il 'pourrait pour la détruire^ et il n'y manque pas. On allait ouvrir une école libre; nouvelle lettre de M. de Montalivet, même réponse de Tarchevêque. Ah uno disce omnes. La servilité des prélats envers un gouvernement qu'ils détestent, est plus grande que celle qu'on leur reprochait envers le gouvernement qu'ils regrettent, et qu'ils voudraient ramener ^ La seule idée qu'on ose défendre la Rehgion contre le Pouvoir les met en fureur. Vous ne sauriez vous représenter les persécutions qu'ils exercent contre les prêtres soupçonnés seulement de désirer la liberté de FÉglise. On ne nous pardonne même pas d'avoir pris en main la cause des malheureux trappistes ^ contre les exécrables tyrans qui violent à leur égard toutes les lois divines et humaines. Dans cette position, qui ne ressemble à rien de ce qu'on a jamais vu, nous allons demander au Pape si c'est un crime de combattre pour Dieu, la justice, la vérité, et si, définitivement, nous devons cesser où contiimer nos efforts. Je vous prie de m'écrire désormais à

* A Rome, où les rédacteurs de \ Avenir allaient interroger les mystérieux oracles du Vatican, si obj^tinément muets devant leurs adjurations écrites. C'est ce qu'ils appelaient, dans le langage de l'Ecriture : <t Consulter le Seigneur en Siloé. »

* Relire la lettre à Monseigneur Lambruschini (page '225) et se remémorer les instances qu'il avait laites auprès des rédacteurs de V Avenir pour les enrôler dans la presse légitimiste ou Iienriquinquiste, comme on disait alors.

? Jies trappistes chassés de la Meilleraie.

Rome. Je m'attends à être obligé d'y rester assez longtemps, et, d'avance, je m'arme de patience. Priez Dieu pour moi, je vous supplie ; je vais plus que jamais avoir besoin de ses lumières et de ses grâces. Adieu, adieu ! Que la vie est longue et triste !

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