‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 135 sur 238 · A M. LE MARQUIS DE COUIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE COUIOLIS

Rome, le 7 février 1832.

Vous êtes bien aimable, mon cher ami, de venir me trouver à Rome, en attendant que nous puissions, comme je l'espère, nous rejoindre à Paris. Je ferai de grand cœur ce dernier voyage, quoique les voyages me fatiguent beaucoup. Je supporte mal la voiture; elle me rend mes spasmes, et j'ai conservé ici même celte malheureuse disposition, qui ne contribue pas à me rendre agréable l'éloignement où je suis de mon pays ; ajoutez à cela que l'hiver est terrible dans les climats chauds ou qui ont la réputation de l'être : on y gèle, a la lettre, sans parler de la pluie, d'une pluie telle que rien ne

* On voil si le R. P. Tliûalin avait, comme nous le disions naguère, modidé son attitude vis-à-vis de Lamennais depuis le jour où, en termes empreints d'une étrange âpreté, il désavouait, dans la Quotidienne, les doctrines de VAvfnir et « les sottises » de Messieurs ses rédacteurs.

'^Lettre .supprimée: — A M- le baron de VitroUes. Rome, le 14 janvier 1852. — Lamennais rend compte de son voyage. 11 ajoute : « Tous les propos que des intrigants avaient prêtés au Pape sont faux, et il a trouvé fort mauvais qu'on l'eût fait parler. Il n'y a qu'une voix ici sur la parfaite catholicité de nos doctrines, » etc. etc.

peut donner une plus juste idée du déluge. Imaginez-vous, au milieu de tout cela, de magnifiques jours de printemps: voilà Rome en cette saison, à l'ennui prés, qui n'y subit jamais d'alternatives et qui y régne, chaque année, douze mois bien comptés. N'étaient les journaux de France, nous ne saurions rien de ce qui se passe dans le monde, ni même autour de nous. Nous recevons de Paris les nouvelles de la Romagne, à moins que les troupes du Pape n'aient remporté quelqu'une de ces grandes victoires où il périt jusqu'à quatre hommes; alors un bulletin officiel annonce l'événement glorieux aux descendants des Scipion et des Paul-Émile, dont fenthousiasme, dans ces occasions, n'excède pas du reste, il faut l'avouer à leur honneur, les bornes de la modestie. Et c'est qu'il y a aussi des raisons d'être modeste. Par exemple les vainqueurs, entrant à Bologne deux heures après les Autrichiens, ont été immédiatement désarmés par ceux-ci, et consignés dans les casernes. Le motif, je ne le sais pas; le prétexte aurait pu être quelques prêtres et une rehgieuse égorgés, un couvent de bénédictins saccagé, prés de Césène, et autres faits d'une pareille bravoure, plus impétueuse peut-être que réglée. Tant y a, que tout va, dit-on, merveilleusement pour le Pape, depuis que ses alliés ont fait son armée prisonnière. Ce sont de ces choses que nous avons, nous, assez de peine à comprendre depuis que nous avons perdu les traditions de la profonde et vraie politique, mais que l'on comprend parfaitement ici.

Je pense que notre séjour à Rome pourra se prolonger encore six semaines ou deux mois. Voici maintenant où nous en sommes : il est complètement faux que nous ayons été, je ne dis pas condamnés, mais seulement désapprouvés par le Pape qui a trouvé très-mauvais qu'on Tait fait parler; il ne s'est, jusqu'à présent, expliqué ni pour ni contre. Quant aux autres personnes de" Rome, avec lesquelles nous avons dû nous mettre en rapport, pas une seule ne nous a fait la plus légère objection ni sur nos doctrines, que tout le inonde ici regarde comme parfaitement catholiques, ni sur la manière dont nous avons défendu la Religion. Les difficultés qui peu-

vent exister sont en deliors de ces deu\ choses, et portent uniquement ou sur les euibarras de la position politique présente, ou sur les craintes et les espérances que chacun conçoit, selon ses prévoyances personnelles, des événements futurs. Mais, je le répète, point de contestation sur les princi|)es.

Veuillez faire agréer mes respects à madame de Coriolis, et mes remerciements à M. votre fils, à qui je dois le plaisir d'avoir reçu de vos nonvelles. Je désire apprendre bientôt que la goutte vous a quitté. Ce qui ne me quittera jamais, ce sont les sentiments de tendresse et d'amitié que je vous ai voués depuis si longtemps, et qui sont devenus mon âme même.

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