‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 143 sur 238 · A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS

A la Chênaie, le ^5 novembre 1852.

J'envie à Montalembert, mon cher ami, le plaisir qu'il a eu de vous voir. Il vous aura dit que ce projet de journal dont on vous a parlé, était, comme vous le pensiez bien, chose toute nouvelle pour lui comme pour moi, comme pour nous tous *.

* «... L'un d'eux me confiait, il y a quelques jours, que. malgré votre soumission apparente, vous alliez reprendre VAvenir, et il me disait cela avec de visibles marques de terreur. S'il en était quelque chose, au moins de la part de nos iimis, je ne petite pas que la nouvc le m'en vînt de Toulouse,» etc. — M. ileCoriolis à iMtncnnais, Toulouse, 26 octobre 1852.

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L(3 iiioiruMjl n'csl pas vlmim de ri'coiimiciUMT la liillt; : il faut auparavant, que. nos ennemis aient goùlé du fruit de leurs œuvres; il faut que l'expérience ait éclairé les hommes de bonne foi, et soulevé le masque dont les antres couvrent leurs hideuses passions. Les vérités dites ne [)ériront pas ; elles resteront comme hî germe d'un meilleur avenir. Prenons donc pati(»nce, et sachons nous résigner à ce que les sots soieni des sots, et les fripons des fri{)()ns ; aussi bien, comment l'empêcher? M""^ de Coriolis a jugé admirablement cette circulaire ^ qui fait tant de plaisir à ceux qui circulent, avec une joie et un bonheur si naturels, dans toutes les bêtises de notre âge; elle ressemble assez, du reste, au son des cloches qui disent tout ce qu'on veut, et quoiqu'il soit assez triste que ce son-là nous arrive de la mélropole du monde chrétien ; quoique le boui'don de Saint-Pierre semblât destiné à tout autre chose qu'à convoquer les peuples à l'office solennel du despotisme gallican, protestant et grec, nous devons croire, néanmoins, qu'en cela Dieu a ses desseins, et pour moi je pense qu'il ne manque sur Taffiche qu'un seul mot : Clôture. Au surplus, l'auteur de la circulaire - nous a fait dire officiellement qu'il était satisfait de notre soumission, et ainsi personne n'a le droit d'exiger de nous rien de plus. C'est ce que je vais mander à notre ami de V. qui me parait disposé à ne se pas contenter de si peu ; car voilà les hommes : après s'être mis en quatre pour vous faire taire, ils se mettent en huit pour vous faire parler ; de sorte qu'on ne sait jamais comment les prendre, ni où l'on en est avec eux. C'est comme la conférence ^; ils s'embrouillent tellement dans leurs protocoles, qu'après avoir deux ans crié la paix, négocié la paix, la conclusion finale est une belle et bonne guerre, entreprise, disent-ils, pour affermir et consolider in xtermun cette bienheureuse paix qui leur a coûté tant de travail.

* Encyclique vi circulaire sont synonymes.

- (irL'<;oiie XVI.

"' La conférence ilc Londros, où s'élaborait péniblonicnf, depnis bien des mois, la solution des arrangements diplonialicines relatiCï; à la l'clgique et à la Hollande.

t>54 CORRESPONDANCE

J'ai tant fait, que nos gens sont cntin dans la plaine.

Pour la pauvre duchesse de Berry, elle a tant fait que la voilà dans le château de Nantes, ou peut-être dans celui de Blaye^ Les beaux conseils qu'on lui a donnés! Les beaux progrès qu'ils ont fait faire à la cause légitime, comme dit la Quotidienne, avec une dignité si majestueuse! Et le sang versé, qu'en ferezvous? Mais le sang, cela ne se compte pas. Le monde, mon cher ami, est fou et atroce. Nous allons voir si le juste-milieu sera aussi atroce que fou ; comme il a, dans ses intérêts, bien des réflexions à faire, je crois que, cette fois-ci, ce sera la folie qui aura le dessus. Je lui souhaite, mon cber ami, tous les succès dont il est digne, et à vous la satisfaction d'en être témoin, et à moi la continuation de votre si bonne amitié.

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