AU Mi": ME
Le 28 avril 1829.
Je n'ai pas pu répondre plus tôt, mon excellent ami, à voire lettre du 15 et à celle de M'"*' de Senfft du même jour. Ma santé a beaucoup souffert de la dernière secousse, et le peu de forces que j'avais est comme épuisé. Je crains que les vôtres ne succombent aussi au surcroît de travail que vous occasionne la maladie de M. d'Odelga, et aux inquiétudes de toute sorte. Grâce à Dieu, vous n'en aviez plus sur la maladie de la comtesse Louise, dont la convalescence doit être, je l'espère, parfaite maintenant.
J'ai reçu de Rome une lettre du P. Brzozowsky, à qui j'ai
* L'émancipation des c;itlioliques en Angleterre, arrachée à lindolencc de fieorges IV par la prudente politique de lord Wellington, qui, dans cette occasion, lit prouve d'une rare habileté, en même temps que d'un incroy ble ascendant sur son parti. L'indi-pcnsable nécessité de pacilier l'irhinde fut la raison prédominante à l'aide de Inquede on put trionipher des préjugés protestants et tories. Le hill d'Emanci(';ition passa le ÔO mars à la Chambre des connnunes, le 10 avril à la Chambre des pairs, et, trois jours après, reçut le royal assent.
envoyé mon dernier ouvrage; il paraît en être content; et, quoiqu'il me parle 'onguement de la Compa^rnie et de l'abus qu'on a fait, jusqu'à la fin, de la confiance du Général, il n'y a pas un mot de plainte sur le passage dont plusieurs autres se sont tant choqués. J'ai cru devoir m'expliquer franchement avec lui sur la position actuelle de l'Ordre. Je vous envoie ma lettre ouverte ; hsez-la, je vous prie, mais ne la communiquez
à aucun J , ni même au marquis d'.\zeglio. Il aurait fallu
vingt ou trente pages pour me bien faire entendre. Plus j'y réfléchis, plus je me confirme dans la pensée que, à moins de très-grands changements dans l'esprit et dans l'organisation de rOrdre, il est impossible qu'il subsiste : avant un demisiècle, il sera de nouveau supprimé par le Saint-Siège. C'est l'impiété sans doute qui Ta renversé une première fois, mais non pas l'impiété seule; jamais elle ne serait venue à bout de ses desseins, si elle n'eût été secondée par un sentiment très-général, qui s'est renouvelé depuis quatorze
ans, et s'accroît tous les jouis. Quand les J tombèrent,
l'Europe était fatiguée d'eux; si on veut les servir véritablement, il faut voir cela, et tâcher qu'ils le voient eux-mêmes ; un enthousiasme aveugle n'aura d'autre effet que de hâter leur perte. Leurs vrais amis sont ceux qui leur disent la vérité : puissent-ils la comprendre et se persuader qu'il y aurait beaucoup à réformer en eux, et que de cette réforme, plus nécessaire et plus pressante que jamais, dépend leur existence dans l'avenir! Ils ont, au moins presque tous, une idée de la perfectio"n de leur Institut, qui ressemble à une sorte de fascination. Pour moi, je ne connais en ce genre rien de parfait que l'Église. Tout le reste est de l'homme et participe à son infirmité.
J'ai coupé court, comme vous Pavez vu, avec l'archevêque de Paris. 11 a dit, et je le crois assez, qu'wil n'avait point lu mon livre. » On assure qu'il n'a eu d'autre but, en publiant son Mandement, que de se faire donner* le cordon bleu à la Pentecôte.
Le Globe a imprimé une ordonnance du duc de Modène sur la censure des livres, qui est la chose du monde la plus extraordinaire; on croit rêver on la lisant. Le même journal parle d'un catéchisme publié en Autriche, il y a quelques années,
et dans loquol, instruisant les enfants do leurs devoirs envers l'empereur, on leur apprend c (pi'il est pour eux ce qu'un maître est pour ses esclaves, et qu'il peut disposer comme il lui plaît des personnes et des biens de ses sujets; » je doute encore de ce dernier fait; s'il était faux, il serait bon, je crois, de le faire démentir '.
Je suis bien tendrement, mon cher ami, tout à vous.