‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 154 sur 238 · A SA SAINTETÉ LE PAPE · texte numérisé non relu

A SA SAINTETÉ LE PAPE

La Chênaie, le 4 août 1855.

Très-saint Père,

Quelque répugnance que j'éprouve à distraire un moment Voire Sainteté des graves affaires qui sont l'objet de sa sollicitude, il est de mon devoir de m'adresser directement à Elle dans les circonstances personnelles où je suis placé.

Lorsque le jugement de Votre Sainteté sur la manière dont moi et mes amis nous avions entrepris de défendre les droits des catholiques en France nous fut connu, à l'instant même nous prolestâmes publiquement, et dans toute la sincérité de notre âme, de notre soumission pleine et entière à la volonté du Vicaire de Jésus-Christ, et'Votre Sainteté daigna me faire dire que ce témoignage soleimel de notre obéissance filiale l'avait également satisfaite et consolée.

Cependant, je vois, Très-Saint-Père, avec une profonde douleur, par un Bief que Votre Sainteté a adressé à M. l'archevêque de Toulouse, et que les joui'iiaux ont rendu public, qu'on avait réussi à inspirer à Votre Sainteté des sentiments de défiance à noire égard : par quels moyens et sur quels fondements? Je l'ignore. Quels sont ces bruits répandtis dans le pu-

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hlic, ut qui k onl di; iiouvonu conlristé voire cœur? w Mus, sur ce point, j'iiilerrojjje ma conscience, moins je découvre ce qui a pu fournir contre nous le sujet d'un reproche. Ce que je sais, avec toute la France, c'est que V Avenir a cessé de paraître; que l'Agence Cnlholique a été dis>onl(,', et les comptes rendus aux souscripteurs; que nul d'entre nous n'a seulement songé à entreprendre, depuis, rien de semblable; et qu'ainsi nous avons prouvé notre obéissance à Votre Sainteté, non pas seulement par de simples paroles, mais par des actes effectifs aussi éclatants que le soleil.

Toutefois, puisqu'on a rendu de nouvelles explications nécessaires, je me sens obligé de déposer derechef humblement, aux pieds de Votre Sainteté, l'exposition de mes sentiments, qu'on a calomniés prés d'EUe ; et, en conséquence, je déclare :

Premièrement, que par toute sorte de motifs, mais spécialement parce qu'il n'appartient qu'au chef de l'Église déjuger de ce qui peut lui être bon et utile, j'ai pris la résolution de rester, à l'avenir, dans mes écrits et dans mes actes, totalement étranger aux affaires qui la louchent.

Secondement, que personne, grâce à Dieu, n'est plus soumis que moi, dans le fond du cœur et sans aucune réserve, à toutes les décisions émanées ou à émaner du Saint-Siège Apostolique, sur la doctrine de la foi et des mœurs, ainsi qu'aux lois de discipline poitées par son autorité souveraine.

Tels sont, Trés-Saint-Pére, mes sentiments réels, établis d'ailleurs par ma vie entière. Que si l'expression n'en paraissait pas assez nette à Votre Sainteté, qu Elle daigne Elle-même me faire savoir de quels tei'mes je dois me servir pour la satisfaire pleinement : ceux-là seront toujours les plus conformes à ma pensée, qui la convainc^ront le mieux de mon obéissance filiale.

Je suis, Très-Saint-Père, avec le plus profond respect, de Votre Sainteté

Le très-humble, etc.

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