‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 182 sur 238 · MADEMOISELLE DE LUCINIÈBE A LAMENNAIS · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE LUCINIÈBE A LAMENNAIS

« Paiià, ce 25 mai 183V. « Mon bien cher ami,

« Vos Paroles d'un Croyant sont venues fondre sur nous comme un orage imprévu!... Vos ennemis tressaillent d'allégresse, et vos amis >'affligenl. Les premiers, par l'organe du Constiliilioniiel, vous appellent « un mauvais piètre » (ce sont ses exiiressionsi, un « ambitieux » dévoré de la soil" de vous laire cliel" de parti, el qui, au nom de la charité, prêchez la révolte contre les puissances que sainl l*aul nous commande d'honorer, « lors même qu'elles seraient fâcheuses. » On compare votre enseignement à celui de Jésus-Clinst, qui nous dit : « l\endt4z '< à César ce qui est à César, » el qui, loin de nous ordonner la résistance comme un devoir, veut ([ue « nous cherLliions notre salul dans la fuiltî » lorsque uoub sommes persécutés.

« Nous avons lu voire ouvrage en petit comité d'amis : c'est le bon M. hiaize qui me l'avait prêté. Oh! quelle pureté, quelle élévaliou de style!... Que de beautés surtout, que de suaves pensées renferment quelques chapitres où vous avez laissé parler votre cœur!... Ils nposenl l'âme des chapiln^s préiéilenls qui l'avaient trop douloureusement émue. Mon excellent ami. me pardonnez-vous maiiUmanl? Vais avec vous il y a vingt ans que j'ai l'habilmie de j)enser tout iiaut. Je vous dirai donc que je ne conçois pas connnent vous avez pu rêver l'existence posbible d'iuie République telle que vous la peignez. Où Irouverez-vous ce peuple capable d'être uni par les seuls liens do la charité, de se guider uniquenuMU par je code évan-

points, nous ne sommes pas d'accord, si nous ne pouvons ni l'un ni l'autre parvenir à nous convaincre mutuellement, que

gcliquo, de n'avoir besoin ni de chefs ni de lois? Il faudrait, ce me semble, avant do chercher à établir cette sorte de paradis terrestre, qu'un beau déluge vînt balayer complètement noire globe, et que Dieu, par une création nouvelle, le peuplât d'iiabitants qui, n'ayant pas hérité d'Adam, se trouvassent dans un état d'innocence et sans inclination au mal. Je suis persuadée qu'au dedans de vous vous riez des pauvres gens qui se préparent à réfuter votre rêve, bien convaincu vous-même, longtemps d'avance, de son illusion. Ce qui me chagrine, c'est que vous ayez jeté, sans fruit, cette pomme de discorde au milieu de nous. A quoi bon? Le Constilutionnel dit que •( le serpent vous a soufflé à l'oreille. » A-t-il grand tort? Ah 1 qu'il e^t malheureux que tant de génie se perde ainsi en vaines pensées et en vains i-ystèmes! Croyez-moi, mon si tendre ami, la liberté, telle que vous la dé>irez à cette postérité maudite, ne sera jamais atteinte ni par elle, ni par celles qui lui succéderont. En attendant, nous verrons couler des flots de sang. De nouveaux maîtres prendront la place de ceux que vous proscrivez avec tant d'ardeur, et vou-. n'aurez point à vous en a4)plaudir. Les 3k rat, les Danton, les Robespierre ne furent point les pères du peuple, mais ses bourreaux. J'ai toujours celte république en présence : j'en vois toutes les horreurs, je frémis, et je serais tentée de vous battre si je vous aimais moins.

« Nous ne valons pas mieux en 1854 qu'en 1789. Encore y a-l-il moins de religion maintenant dans les classes populaires, et ce sont ces classes que l'on mettra d'abord en avant. Alors, sauve qui pourra! Cher et bien cher ami, je suis !?eule aujourd'hui : je me suis l'enfermée tout exprès dans ma solitude pour causer de cœur avec vous, -et pour vous dire librement toute ma pensée. Votre livre est dangereux : il étonne même Raspail, le plus fougueux de nos républicains. Il le disait liaulemont il y a quelques jours, et il semblait le regarder comme ayant été conçu et écrit dans un accès de délire. Moi, pauvre iille, je ne puis m'expliquer, dans ma siiiiplicilé, comment un cœur tel que le vôtre a voué tant de liaine à l'autorité, puisque « toute autorité vient de Dieu. >■ Vous avez pris à tâche de ne nous peindre ([uo les abus de la royauté, sans nous dire un mot des avantages qu'un gouvernement pareil peut nous procurer, et que nous ont, en effet, procurés les règnes de plusieurs de no.s rois. Lisez donc votre belle réflexion sur le chapitre treizième du troisième livre de llinilation. Il me frappa singulièrement hier, et je ne pus m'empècber de faire pour vous, avec ferveur, la prière qui le termine.

« Mon meilleur ami .sur la terre, que je suis désolée de vous voir suivre une telle route, vous qui sembliez destiné à fournir une si belle et si utile carrière! Il est certain que vous vous trompez sur la mission que le Seigneur vous avait donnée à remplir. Vous êtes abusé par votre ardente imagination. Vous deviez rappeler l'incrédule à la foi, instruire et fortifier les liilèles, et vous vous êtes embarqué sur une mer tout orageuse, qui vous éloigne de votre roule, et dont le bruit vous empêche d'entendre les vofx amies qui vous convient d'y rentrer. Je suis persuadée qu'après avoir écrit pour la proiiagation de vos systèmes, vous n'éprouvez en vous-même aucune consoiation ; vous êtes sans doute plus agité, mais moins heureux que quand vous nous donniez vos belles pages sur Vimliffcrrncc, et qu'on vous annonçait (ju'un esprit fort ou un impie revenait sincèrement à Dieu après la lecture de cet ouvrage, liélas! c'o.--l (ju'il avait été conçu, médité au pied du crucilix, ou, mieux encore, à l'autel du Seigneur, et aujourd hui !...

« Un jour vous regrelterez amèrement d'avoir usé voire génie à soulever les passions, et à provoijucr une guerre à mort entre les .Nations et les Puissances établies par le Seigneur pour les régir et les gouverner. Kous prions pour vous, et nous prions sans cesse, et vous êtes l'objet de bien des sacrifices et de bien des communions.

X N'est-ce pas que vous n'êtes pas fâché contre moi, cher ami, parce que je vous

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voulez-vous? c'est Ihistoiro du inonde, depuis le commcncenjent. Chacun a ses pensées, ses opinions, qui dépendent de niilli' et mille choses, la plupart f'ortnites, et qu'on i^niore soiniènie bien souvent. l)ivibés sui" loul le reste, les hommes au ujoins devraient se réunir dans un sentiment commun d'humanilé et de charité ; mais leurs passions ne le permettent pas. Ce sentiment qui, comnu! nous l'apprend Jésuï-Clnist Ininiême, est « le sommaire de la Loi, » paraîl, dans les tristes temps où nous vivons, étranger surtout au clergé qui, chargé de l'incuhiuer à lous, en devrait offrir le modèle : voilà ce qui lui fait tant d'emiemis, qui le deviennent ensuite d'une religion, laquelle; semble se désavouer et ne plus se comprendre elh^-mèiue. l^ermetlez, au reste, que je vous le dise : vous n'êtes pas heureuse dans le choix des autorités que vous m'opposez; la première est celle du Constitutionnel, dans un article que la Quotidienne assure être de Louis-IMiilippe; la seconde est celle d\m homnje^ qui est l'un des chefs d'un parti que je combats dans mon livre, d'un parti dont le projet, publiquement avoué, était d'établir en France un gouvernement de despotisme et de tyrannie. Vous m'exhortez à résipiscence, attendu que j'ai contrtî moi le roi du juste-milieu, les partisans de son système, et les défenseurs de 1)5. Tous les jours on m'adresse des reproches aussi forts que cela : ne faut-il pas que je sois bien endurci pour y résister? Vous aurez vu ce que je n'ai pas vu, je veux dire les lettres publiées par l'évèque de Rennes ^. Mon frère. — queje ne saurais cependant, entoul cela, justifier d'une grande faiblesse, — m'écrit que c'est, delà part de l'èvêque, un odieux abus de confiance ; « qu'il n'avait consenti à remettre i( cette lettre entre ses mains que sous la condition expresse « qu'il ne la communifjuerait qu'en confidence et aux seules « personnes auxquelles il serait à propos de le faire, dans le

sournois (oui franchemonl mes réflexions sur votre dernière hiocliurc? Mon cœur clait plein de douleur et d'inquiétude : il fallait qu'il s épanchât, elc, etc., etc. »

* M. Raspail.

- Une loUre adressée par l'abbé Jean de Lamennais à révêquc de Reiuies, et la réponse de ce prélat. Ces docunieiils n'ont jamais passé sous nos yeux, et. les eussions-nous recueillis, un sentiment que chacun comprendra nous eût empêché de les publier.

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« cas OÙ ses établissei^ents seraient attaqués. » L'évêque, contre sa parole, a fait imprimer et cette lettre et sa réponse, que mon frère n'a même connue que par les journaux. Malheur à ceux qui se rendent dépendants de ces vils personnages qui n'ont que du vide là où les autres hommes ont une cervelle, et que de la boue où ils ont un cœur ! Pour moi, au milieu de ces orages, jamais je n'eus l'âme plus tranquille et plus contente, parce que j'ai la conscience d'avoir fait mon devoir.

J'embrasse ma petite Hélène, et la remercie de l'idée qu'elle a eue d'écrire à son pauvre oncle. Mille choses affectueuses à M. Lacroix, et souvenir aux deux Jeannes ^ Je voudrais bien pouvoir m'associer aux bonnes œuvres de la sœur Rosalie - ; mais elle se trompe terriblement sur l'article essentiel. Ce que jai retiré de mon travail est fort peu de chose, et, ce peu, ce n'est pas même moi qui l'ai touché ; il a été consacré à acquitter une partie des dettes qui me restent; car des dettes, voilà, depuis longtemps, tout ce qu'on m'a laissé en ce monde. Écrivez-moi, chère bonne amie, aussi souvent que vous le pourrez, et croyez à mon affection aussi tendre qu'inaltérable '\ i

^ Jeanne et Jeannette, si souvent nommées dans les lettres de Lamennais aux dames du n° 54.

— Cette bonne sœur Rosalie, une des célébrités de la charité religieuse, demandant à Lamennais une portion des gains immenses qu'elle pensait lui venir de la publication des Paroles d'un Croyant, n'est elle pas dune admirable naïveté? K'est-elle pas bien le type de ces beaux dévouements aveugles qui puisent dans toutes mains, sans s'inquiéter du reste, le denier qui les aide à nourrir les déshérités de la famille humaine? Et quelle protonde philosophie dans cette inclilTérence parfaite qu'elle témoigne ainsi à tout ce qui n'est pas son œuvre ici-bas? Quelle leçon ne donne pas sœur Rosolie à beaucoup de docteurs, pour ne pas dire à beaucoup d'évêques, fort catholiques, d'ailleurs?

^ Lettres supprimées : — A M. de la Gervaisais. La Chênaie, 1" juin

— A M. de Potter. La Chênaie, 1" juin 1834. — Lettre fort longue et fort importante.

— A M""" la baronne de Vaux. La Chênaie, même date.

DK I-AMKNNAIS.

Wy. - \ .M\I)\MK r, A (.((.MTr.SSr, DK SK.NFFT.

Le 8 juin 1804.

J'oubliai de répondre, dans ma dernière lettre, à ce que vous me demandiez, au sujet du roman de la princesse de Craon*. Je n'ai point lu ce livre, ni n'en ai vu aucun compte rendu dans les journaux; il paraît qu'il n'a pas fait grand bruit; s'il ressemble à prescjue (ont ce (ju'on imprime aujourd'bui, je ne suis pas sui'pris de l'impression qu'il a produite sur vous. L'auteur a pourtant de l'esprit et des talents variés; on m'a parlé d'un travail d'elle, du genre de ceux qui ornent les anciens manuscrits, et qu'on dit très-remarquable : la princesse voulait le faire mettre à l'Exposition, mais on a trouvé que ce n'élail pas précisément une œuvre d'art. Je crois, en tout cas, que lorsqu'on occupe une certaine position dans le monde, il vaut mieux ne pas s exposer; car, pour les femmes surtout, il n'y a pas loin de l'exposition à la marque.

Je vis si seul, et si en deliors de tout, qu'il me serait bien difficile de vous apprendre quelque chose de nouveau. Cette vie, du reste, me convient et me plaît, quoiqu'il y ait des moments où le poids de la solitude se fait sentir. Il y a toujours quelque plaie ouverte au fond du cœur de l'homme, des souffrances dont le souvenir aigu le suit jusqu'au désert-; et quand on me dit : — « Pourquoi donc y rester? » je réponds comme Philoméle :

En voyant les hommes, liélas!

Il m'en souvient bien davantage.

J'aurai achevé, dans quelques jours, ma cinquante-deuxième année. En remontant vers mon jeune âge, aussi loin que ma mémoire peut me porter, combien de tristesse, d'angoisse et

* Thomas Monis.

"^ Cet amer retour sur le passé nous fait son^rer à ranicnle amilic, l.rist'e par la mort, qui avait uni jadis Lamennais et Henri Moorman. (V. les ^otes et Souvenirs en tête de cette Correspondance.)

de douleurs je trouve, et combien peu de joies! La vie humaine, regardée de près, est effrayante. Et encore, à mesure qu'on avance, elle devient plus amèrc et plus sombre : les sens s affaiblissent, les forces diminuent, la santé s'en va, l'esprit aussi s'affaisse et s'attriste; les jours nous dépouillent en passant, et il n'est pas de lendemain qui ne nous laisse plus pauvre que la veille. Puis la mort vient se jeter en travers de nos affections; d'autres s'en vont toutes vivantes, et celles-ci ne sont pas à regretter. Toujours est-il que ce sont pour l'âme de rudes secousses, et que, lorsqu'on commence à voir à nu les hommes et les choses, on se sent un désir extraordinaire de fermer les yeux pour ne les plus rouvrir; ajoutez à cela le spectacle hideux de ce qui se fait dans le monde, les misères du pauvre peuple, la faim qui le moissonne et le dévore, tant de maux là où la Providence a mis le germe de faut de bien ! Comment ne pas souffrir profondément, lorsqu'on a dans sa poitrine un cœur d'homme? Je fuis le présent par deux routes, celle du passé et celle de l'avenir. Je converse avec les morts de tous les temps et de tous les pnys ; j'assiste à ce grand conseil du tombeau, où, depuis Job jusqu'à Byron, chacun tour à tour élève la voix pour raconter les douleurs humaines. Mais à côté de la douleur est aussi l'espérance, et l'espérance c'est l'Évangile, la parole du Christ, venu pour sauver ses frères et qui les sauva; car, quoi qu'en disent quelques-uns qui voudraient rejeter tous ses bienfaits au delà de la tombe, il a les promesses de la terre comme celles du ciel, promissioriem liabens vitx qux nunc est, et futuvx. Je me console donc dans cette pensée qu'un avenir nouveau s'ouvrira pour les frères du Christ; qu'il leur prépare, dans les trésors de son inépuisable amour, non des joies parfaites qui ne sont pas de ce monde, mais des jours meilleurs, plus innocents, plus doux, plus paisibles, à mesure que les hommes, éclairés par lui, comprendront et sentiront mieux ce que c'est que la Justice et la Charité ; car tous les biens sont renfermés dans la Charité et dans la Justice. JN'est-il pas vrai que les Docteurs, les Prédicateurs, les auteurs ascétiques établissent une perpétuelle opposition entre les idées chrétiennes, les sentiments chrétiens, et les

idéos, lesscnliments attachés h uiio certaino nature d'état social (jn'ils appiîlh'nl le monde? Cet état social o[)posé, iioii |»as en tout, mais p;ir qnelqiu' chose qui a sa racine dans l'orgneil et h\ convoitise, à l'esprit intime du (Ihrislianisme, n'était donc pas bon, el ne pouvait durer toujours : il fallait qu'il changeât, ou que le Christianisme pérît, car il n'est point de lutte éternelle entre deux principes qui s'excluent rigoureusement. Or le Chrislianisnie ne saurait péril', et aussi sa victoire sur « le monde et le prince de ce monde » fut-elle annoncée dès le commencement. Le combat a duré longtemps, et il n'est pas encore fini, et il ne finira même tout à fait ({ue lorsque la régénération de l'homme aura été pleinement accomplie. Mais, pour parler ainsi, à chaque « campagne » du Christ, il accroît sa puissance et recule ses frontières : son règne advient progressivement ; il abat et réédifie, et change et perfectionne sans cesse. Ceux qui se plaignent des révolutions (je ne dis pas de quelques-uns de leurs effets) se plaignent de lui, se plaignent de ce qu'il fait son œuvre, de ce que, par des voies souvent rudes, — parce qu'elles sont embarrassées de ruines, — de station en station, de rocher en rocher, il conduit le genre humain sur le Thabor pour l'y transfigurer à son image. Dégageons-nous des préjugés du monde; pensons en chrétiens, sentons en chrétiens, et au sein même des maux inséparables de la vie présente, notre âme reposera en paix K

m. - A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS.

La Chênaie, le 50 juin 1834.

Je sors à peine du lit où j'ai été retenu plusieurs jours par la fièvre, ce qui n'a pas le moins du monde augmenté mes forces. Ainsi, mon cher ami, vous m'excuserez si je vous écris aujourd'hui assez brièvement. Je veux d'abord vous dire, au

* Lcllrcs supprimées : — .1 M. de Miisif/ni/. La Chênaie, le 8 juin 1854.

— A M. Maranihmde Mimtiiel. La Chênaie, 15 juin lS5i.

— A M. de Vottcr. La Chênaie, 15 juin 185 i. — Loni;ue cl helle leltre.

— .4 Ai"» la baronne de Yaux. La Chênaie, "25 juin 185i.

sujet de mon frère^ que, — tiauf iinpeu de faiblesse peut-être, — il estplus à plaindre qu'à blâmer; vous connaissez assez sa position, avec ses cent cinquante établissements qu'il faut défendre perpétuellement contre des attaques de droite et de gauche : l'évêque de Rennes, qu'aussi vous connaissez, a exigé de lui cette malheureuse lettre, qui ne lui fut cependant accordée qu'à la condition de ne la communiquer que confidentiellement à un petit nombre de personnes, selon les exigences; il a trouvé bon de la rendre publique : vous jugerez l'homme et le procédé. J'avais hàle de vous donner cet éclaircissement.

A présent, mon ami, ai-je besoin de vous dire combien Taffection si vraie, si tendre, que vous me témoignez en cette circonstance va droit à mon cœur et s'y grave profondément? Vous n'êtes pas de ceux qui in tempore tribidationis recedunt; non, certes, vous n'êtes pas de ceux-là, et c'est ce qui fait que je suis non-seulement heureux, mais encore fier de votre amitié. J'ai appris, tristement appris, tout ce qu'il y a de faible et d'incertain dans les liaisons les plus solides en apparence, et, comme dit le Poëte :

Che non conver^iam sempre con gli amici In quesl3, assai più oscura che seiena Vita mortal, tulla d'invidia piena ^.

Mais ce qui détache les uns attache les autres plus fortement, et ainsi la Providence place partout des compensations.

Il est maintenant assez probable que Rome se taira, malgré les instances de la diplomatie ; elle a n^is mon livre à Vindex politique; l'introduction en est sévèrement prohibée : c'est, je

* J'ai lu votre livre.. Que vous en dirai-je?... C'est Job, c'est Isaïe, c'est Jean : c'est plus haut, peut-être, que tout cela ensemble. C'est vous, vous que je vois qu'on laisse seul à vous dans voire Palhnios... Hélas! dans cet abandon, il est plus d'un Pierre, et pas un n'a fait l'eflorl de tirer le glaive!... Lac... et voire Ircrc, surtout, m'ont fait mal! Le : Tu quoque mi... est venu à la pensée de tout le monde. César! ne voile pas ta tête du pan de ta robe!... Tu n'en mourras pas !... — M, (le Coriolls à Lamennais. Toulouse, 5 juin

'^ ... Que nous ne rencontrons pas toujours des amis — dans celte bien plus sombre que sereine — vie mortelle, toute remplie de haine envieuse.

I)i: LAMENNAIS. ZHl

crois, toiil ce (iu'uUe pouvait faire; dans Ions les cas, si elle parlait, ses paroles seraient en harmonie avec celte mesnre, et de même genre, c'est-à-dire qu'cîlles n'anraient rien de dogmati(jne. Que désirer dt; plus? J'ai appris que les honnnes (jui pariaient le plus haut eonlre moi, dans ce |)ays-là, où j'ai aussi de chauds défenseurs, élaient les Jésuites et l'amhassadeur de S. M. Louis-Philippe. On m'écrit que lUihichon, qui est à lîome, — comme vous le savez, ou ne le savez pas, — a été enchanté de mon livre : cela ne me surprend point, vu le lour de son esprit.

Je remercie les vôtres, mon clier ami, de vouloir bien se souvenir de moi et de s'en souvenir avec affection : parlez-leur, je vous prie, de ma gratitude; pour vous, je ne vous dis rien : que vous dirais-je que vous ne sachiez?

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