‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 203 sur 238 · A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT

Paris, 24 mai 1855.

Vous ne vous étonnerez sûrement pas que j'aie tardé si longtemps à répondre à votre dernière lettre. Depuis cinq semaines que je suis ici, je n'ai pas eu un moment de loisir, et, dès les premiers jours, j'étais à bout de mes forces. Vous devez bien comprendre avec quelle ardeur, moi, homme des champs, et qui n'ai jamais pu m'habituera un autre séjour, j'aspire à retourner dans ma solitude. Quand le pourrai-jo? je n'en sais rien. Le procès plus qu'étraiige qui m'a fait venir ici ^ va se

* Le Procès d'avril. Lamennais avait été sollicité — nous venons de voir sa réponse — de prendre part à la défense des accusés devant la Cour

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compliquant de tant d'aulres procès, qu'il n'y a pas désormais de raison pour ((u'aucune âme vivante voie la fin de ces monstruosités qui s'engendrent les unes les autres. Je ne vous en dirai pas davantage là-dessus ; les journaux vous en apprendront assez. Je ne vous parlerai point non plus de la politique générale qui se complique et s'embrouille journellement. Le travail de dissolution s'accomplit partout en Europe : quand commencera celui de la régénération?

J'ai reçu la lithographie que vous m'avez destinée, et je la

des Pairs. — « Après l'inlerropatoire préliminaire, dit un historien récent, une lullc s'cnga[;ea entre le procureur général, M. Martin (du Nord), et plusieurs accusés, qui demandaient avec vivacité l'assistance des défenseurs qu'ils avaient choisis : — « Voici ceux que nous vous proposons, dit l'accusé Maillefcr, de Marseille : ce sont MM. Voyer-d'Argenson, Audry de Puyrave.iu, Trélnt, Cormenin, Legendre, Armand Carrel, Lamennais, le général Tarayre, Cainol, Raspail, BouchoUe, Reynaud, Degeurge, et Pierre Leroux.» Sur quoi la Cour rendit un arrêt par lequel elle déclarait « qu'il n'y avait lieu à faire droit à la demande. »

Voici, du reste, une lettre que nous avons retrouvée parmi les papiers de Lamennais, et qui se rapporte à cet incident :

l'abbé noir a LAMENNAIS.

« Prison de l.i Conciergerie, 11 mai 1855. « Monsieur,

« D'dprès voire assentiment, et le bcioin que j'ai de votre assistance, je vous ai réclamé devant la Cour des l'airs comme mon conseiller spécial. Par le plus monsirneux de tous les arrêts, je me vois privé de votre secours. Je persiste à réclamer. Qu'on me lie, qu'on m'enchaîne, qu'on me garrotte, qu'on me mutile, qu'on me coupe la tète, je n'accepterai de procès qu'autant que mes défenseurs seront présents. J'avais un avocat d'office, il s'est retiré; tant mieux. Les avocats du Comité nommé par nous ne se présentent pas; nos conseillers sont refusés. Vous savez le reste.

« Je désire ardemment, monsieur, avoir une entrevue avec vous. En attendant l'honneur de votre visite, je vous prie de vouloir bien m'cnvoycr quelques livres.

« Accordez-moi la permission de vous saluer respectueusement.

« Nom, prélre. »

Dans l'arrêt du 15 août 1855, par lequel la Gourdes Pairs statue sur le sort des accusés dits de la catégorie de Lyon, nous lisons ceci :

Après en avoir délibéré,

En ce qui concerne Jean-Augustin Noir :

Vu l'acte de décès de cet accusé, en date du 16 juillet dernier;

Attendu que l'action publique se trouve éteinte,

Dit qu'il n'y a lieu à statuer.

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