‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 223 sur 238 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Au Faîte, le 14 septembre 1837.

Ne regrettez pas trop, mon bon ami, la campagne pour celte fois. A trois ou quatre jours prés, nous n'en avons pas eu un seul sans pluie, depuis mon arrivée en Bourgogne ; nous ne laissons pas de profiter des moins mauvais, et, dans les au- 1res, des moins mauvaises heures, pour courir le pays et voir ce qu'il renferme du plus curieux. Il subsiste encore beaucoup de vieux châteaux auxquels se rattachent d'intéressants souvenirs; et, si l'on veut remonter plus haut, Autun, l'ancienne Bibracte, vous offre les débris de ces monuments romains et quelques traces, presque effacées, d'une antique ii.aguificence dont la ville moderne est terriblement déchue : une faible population y végète sur les cendres de deux peuples

' Lettre supprimée : — A M. de VitroUes. Du Faîte, le 7 septembre 1857.

DE LAMKNNAIS. 47'J

ennemis, l'un vaincu, l'autre vainqueur, qui n'ontguère laissé qu'une vague mémoire, et d'eux et de leurs œuvres. 0 quantum est in rébus inanel Je lis, en ce moment, \ii?> Annales (TArnay; il y est question d'un Heaufremont qui mourut, le dernier de sa race, vers le milieu du xv" siècle; il avait pour devise : Plus deuil que joie ! n'est-ce pas celle de tout le monde? Misère et vanité, voilà l'homme! Au château de liousset, tout prés d'ici, vivait niiguére un Yillers-Lafaye, maréchal de camp des armées du roi, grand-croi\ de l'ordre du Saint-Louis, qui, en 1810, quitta brusquement Paris, en criant que « tout était perdu ;» et tout était perdu, parce que, malgré ses vives remontrances, on n'avait pas rendu aux mousquetaires leurs bas rouges : il fit faire son tombeau dans l'église de son petit village, moins pour le tombeau que pour l'épitaphe dont il ne voulait confier à nul autre le soin : c'était la généalogie de tous les Yillers-Lafaye, avec leurs titres et leurs prouesses; à la suite des noms de beaucoup d'entre eux, il n'avait pas manqué d'ajouter : qui se croisa; enfin venait le sien, après lequel, un beau matin on trouva écrit : qui se croisa... les jambes ! Je décroiserai prochainement les miennes pour vous aller rejoindre, mon cher ami : dans moins de quinze jours, je serai à Paris, où mes affaires me rappellent, et aussi mes travaux que j'ai trop longtemps interrompus peut-être. Cependant, de fois à autre, un peu de lepos est indispensable, à mon âge surtout. J'irai vous chercher à mon retour, et nous causerons d'une foule de choses qu'on ne peut guère toucher dans une lettre. Adieu, mon ami, en altend.anl la joie de vous embrasser •.

* Lettres supprimées : — .4 M""» la baronne Champy. Paris, 15 octobre 1857.

— A M">'' la baronne de Vaux. Même date.

— /l A/'"^' la baronne Champy. Paris, 7 novembre 1857.

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