‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 33 sur 238 · II. ô · texte numérisé non relu

II. ô

heur que de vous lire l'un et l'autre. Je vous ai déjà mandé quelle est mon opinion sur le ministère nouveau. Tout ce que j'ai pu apprendre depuis n'a fait que m'y confirmer davantage. Mais je commencerai par vous transcrire quelques détails qu'on m'écrit de Paris.

« C'est la Congrégation politique et partant la cour, et ce sont un grand nom.bre de pairs, quelques députés, et l'audace aveugle de la Gazette, qn\ ont tout fait. Tout était donc prêt i^ouv sauver la Monarchie, et, la veille du coup d'État, les ministres eux-mêmes n'en savaient rien. Le roi a commencé par prévenir M. Portails, et celui-ci a transmis le pouvoir à M. de Polignac, lequel s'est cru alors un Wellington. On assure que M. Roy devait être conservé, mais il a volontairement donné sa démission. Quant aux autres, ils ont été destitués; surtout Feutrier, Vatimesnil et Saint-Cricq, plus détestés comme transfuges que comme libéraux. Il est possible que Marlignac ne soit pas étranger à ce coup de main. Du reste, si un système a prévalu, c'est bien celui de la Quotidienne. M. Laurentie a eu une conférence avec M. de Polignac : impossible d'être mieux reçu. Le grand seigneur écoutait, demandait des avis. Je vous demande 'pardon, a-t-il dit, de ne vous avoir pas prévenu; mais tout s est fait avec un si grand secret! Je suis ultramontain, etc., etc. 11 a été convenu que la Gazette sera le journal officiel, et qu'on la payera. On procurera des abonnements à la Quotidienne, à condition 1° qu'elle n'attaquera plus la Gazette, 2° qu'elle ne metti'a jamais en jeu les personnes, 5° qu'elle ne parlera des affaires étrangères qu'après s'être concertée avec M. de Polignac. A cela près, elle conservera le fond de ses doctrines. On traite en cela M. Laurentie comme un bonhomme, et il ne s'en aperçoit pas. On sait maintenant quel était le ressort des intrigues dont il était le jouet. Laroze et Janin s'entendaient avec M. de Martignac. Janin vient de se jeter dans le Messager (quitté par Capefigue et Malitourne), et il a donné à ce journal une couleur de jacobinisme plus prononcée que celle des Débats^. Genoude manœuvre comme sous

* Le correspondant de Lamennais était sans doute mal renseigné quand il lui donnait ces « bruits de coulisses. » Des deul écrivains ici nommés en^

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M. cli3 Villèle; sa nouvelle devise est : Plus de concessions^ mais point de iraclion. l/iinpolitiqiie choix de .M. de ]]ouriiionl annonce de la démence. Le Figaro de ce malin contient cette citalion : « La cause des Bourbons est à jamais perdue. — Signé

iJOUIlMOiNT, 1815. ))

Je vois, par quelques ailicles de la Quotidienne, que je ne m'étais pas trompé en présumant qu'on essayerait de modifier la loi sur la presse et celle des élections; quand on y réussirait, cela ne finirait rien : mais y réussi ra-l-on? On peut en douter. Si l'on tente d'opérer ces changements par les Chambres, la majorité est Tort incertaine; si on les fait par ordonnances, c'est donner le signal d'une guerre dont les suites doivent faire trembler; et, si l'on veut en courir les risques, il fallait se montrer fort en ne tergiversanl point, et en établissant tout d'un coup, et dans son entier, le système de gouvernement qu'on a résolu de substituer à celui qui existe. Le dernier degré de la folie serait de s'exposer à toutes les conséquences d'une violation manifeste des lois, pour des choses qui ne terminent rien; et cependant, si l'on ne fait pas cela, on retombe dans le système Villèle, et l'avenir est de nouveau abandonné,

semble, l'un, M. Larozc, Bordelais, lié avec M. de Martignac, n'avait aucune sorte d'importance politique ou lillcraire. Il remplissait à la Quotidienne l'humble fonction de « coupeur de fait^, » — simple paire de ciseaux, plus ou moins douée d'intelligence et de mémoire. Quant à }|. J. Janin, voici les explications qu'il a bien voulu nous i'ournir en ce qui le concerne : — « Je suis né le 10 décembre 1804. — En i8'29, je n'étais pas homme à m'entendra avec M. de Martignac, que je n'ai jamais vu. — A l'avènement de M. de Martignac, on m'oUrit beaucoup de choses , mais j'avais déjà pris mon parti de ne pas rester dans ce parti. Je quittai brusquement la Quotidienne (un quinze du mois}, et, depuis ce temps-là, je n'ai pas lu un seul numéro de ce l'ameux journal. Cependant je suis resté l'ami de Laurenlie, et je sais qu'il m'a conservé son c^time et son affection. — J'écrivis, pendant six semaines, dans le Messager, où je maltraitais de mon mieux le minislère Pulignac, qui serait bien tombé sans moi. — Puis j'entrai au Journal des Débals, et tout lut dit. Joindre à mon nom le mot intrigues, ambitions, complots, places ou pensions, de 18'2'J à 1857, — trouver mon nom sur une liste de favoris ou de favorisés, de conspirateurs ou de comploteurs, — ce serait calomnier et mentir. J'ai connu bien des ministres, pas U!i qui m'ait donné un bouquin de six liards. Il est vrai que je n'ai rien demandé à persoime, et que je mourrai sans avoir rien ilemandé. » — Ce n'est pas dans l'intérêt de la réputation de M. Jauni, c est dans celui de la bonne morale et de la di-^^nité littéraire, que nous avons voulu reproduire sa chaleureuse elfîère proteslalion.

au milieu de mille passions furieuses, aux chances de quelques boules blanches et noires. Voilà la position où l'on s'est mis, et le besoin de se défendre contre tant d'intérêts soulevés ramènera nécessairement la violence et la corruption.

Tout ce qu'on aura gagné, ce sera probablement plus de liberté pour l'éducation, quoique déjà l'on s'aperçoive, par des articles de la Quotidienne, que le ministère n'est pas disposé à reconnaître, en ce genre, les droits réels dans toute leur étendue. Et remarquez, à ce sujet, que le peu de bien qui se fait, sous tous les régimes, quels qu'ils soient, est forcérrtent arraché au pouvoir par l'opinion, c'est-à-dire par la presse. Grande leçon pour les catholiques ! Mais il y aurait trop à dire là-dessus.

Je continuerai de vous mander tout ce que je pourrai apprendre d'intéressant, ou qui me paraîlra tel. Je crois que notre politique sera celle de l'Angleterre, et je crois aussi que nous en serons la dupe, selon notre louable et constante coutume.

Mille tendres respects.

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