A MADAME LA COMTESSE LOUISE DE SENFFT
Le 12 novembre 1829.
J'ai été retenu au Ht par une espèce de foulure, dont je ne suis pas encore guéri, et c'est ce qui m'a empêché de répondre plus tôt à deux lettres fort aimables et très-intéressantes que j'ai reçues de M""" do Senfft. J'espère trouver bientôt un moment pour l'en remercier. Aujourd'hui, je veux vous remercier vous-même de votre souvenir si bon du 2 novembre. Il m'a été d'autant plus précieux, qu'il me donne l'assurance que vous êtes maintenant, sinon tout à fait rétablie, au moins bien près de Tôtre. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous accorde à l'avenir et plus de santé, et plus de consolations, et plus de joie que vous n'en avez eu depuis longtemps.
Je trouve, comme vous, d'excellentes choses dans la lettre d'O'Gonnel ; mais je cesse d'applaudir quand il se déclare disciple de Benthain, dont les systèmes ne sont que l'athéisme appliqué à la politique et à la législation. Quant à Sobiesky, c'était certainement un beau et grand caractère ; ses lettres, qu'on a publiées il y a trois ou quatre ans, sont fort curieuses. Je n'ai point lu YHistoire de Salvandy, mais je sais que les Polonais la trouvent peu exacte.
Vous voyez })ar les journaux comment les choses vont en France. La Révoluti(3n grandit à vue d'œil. Je doute beaucoup que le ministère, divisé gi lui-même, traverse, tel qu'il est, la
session : il n"a d'appui nulle part, et ne sait ni que dire ni que faire. C'est la bêtise à qui la peur a conseillé le silence. Le jeune clergé s'éclaire peu à peu, malgré tout ce qu on fait pour le pervertir. Il y a une guerre sourde, mais organisée et trèsactive, contre la vérité et contre k bien; à la tête est Frayssinous avec quelques évêques; les Sulpiciens et les Jésuites sont leurs satellites : ceux-là par une ignorance bête et passionnée, ceux-ci par des motifs d'intérêt de corps follement conçu. UAmi^ est le journal de ce parti, qui cherche surtout à corrompre l'enseignement; mais le plus grand nombre des élèves résiste avec force aux erreurs qu'on tâche de leur inculquer. Ce qui m'étonne le plus en tout cela, c'est que R... ^ ou ne soit pas instruite, ou laisse faire ce qu'il lui serait si facile d'empêcher. Mais il y aurait trop à dire là-dessus.
Mille tendres respects.
Permettez-vous queje joigne ici une lettre pour M"'^ Riccini ?