‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 54 sur 238 · A MADAME LA COMTESSE DE SE.NFFT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE SE.NFFT

Le 22 janvier 1830

Je ne \eux cependant pas tarder davantage à vous écrire. Le froid excessif que nous avons eu, et qui dure encore, me glace l'esprit aussi bien que les doigts, et ma santé même s'en ressent. Je crains que votre température de Turin ne soit guère plus agréable. A Toulouse, le thermomètre a descendu au-dessous de 15 degrés. On n'entend parler que de gens morts de froid, et quelques autres de faim. Ils n'ont pas dû, ces pauvres malheureux, regretter beaucoup ce monde, malgré les progrès incontestables de la civihsation et du bonheur du peuple. Quand on vient à penser à certaines existences, il se présente à l'esprit d'étranges idées, et l'on admire comment il se fait que la société subsiste. Sur cent personnes, il y en a quatrevingt-quatre qui ne laissent pas, après elles, de quoi se faire enterrer, et, dans le nombre, il s'en trouve qui ne sauraient parvenir à mettre, entre elles et la mort, un fagot et un morceau de pain.

Nous attendons l'ouverture des Chambres pour vous envoyer quelques nouvelles. D'ici là, nous sommes condamnés au rabâchage des journaux, attaquant et défendant, aussi sottement les uns que les autres, un ministère gelé, en attendant la débâcle prochaine. Je ne sache rien d'aussi dégoûtant que notre état actuel : c'est la guerre des punaises et des araignées. Quand donc apparaitra-t-il un homme qui écrase ces insectes? Mais le temps n'est pas venu. Et puis, c'est bien plutôt par les efforts des masses que par l'ascendant individuel que la société peut renaître désormais.

Voilà donc la Grèce schismatique confiée par les Hautes Puissances à un roi protestant : ce choix est une humiHation pour deux d'entre elles, et une faute encore plus grande. Mais nul aujourd'hui n'a le sentiment de ce qu'il doit à son honneur et à sa conservation même.

La nomination qu'on a trouvée /à, parmi les papiers de

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L... XII ', ost sans (loiilc, voiiniit d'un toi hoiiinic, un sujet de consolation ; et celui qui a rcru celte haute; niartiuti d'eslinie en est, et doit en être i)rofondéinent louché, en même temps, qu'il a mille raisons de bénir la Providence que la chose n'ait pas été plus loin. Vous savez qu'à cet égard il n'a jarjiais changé d'opinion. L'obscurilé, avec l'indépendance (jui l'accompagne, tel est son lot et son seul désir. Ainsi, rendons grâces à Dieu : je le prie de répandre sur vous et la paix et la joie, s'il en est de réelles en ce monde.

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