‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 57 sur 238 · A M. LE COMTE DE SEiNFFT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SEiNFFT

Le 8 février 1830.

Veuillez avoir la bonté, mon excellent amij de lire la lettre ci-jointe, et de l'acheminer ensuite à son adresse. Vous connaissez déjà Oslini, et peu de choses, je pense, peuvent vous surprendre de sa part. Toutefois, cette audace insensée d'un Nonce du Saint-Siège, qui s'en va combattant partout les doctrines du Saint-Siège, et fomentant de toutes ses forces des erreurs qui menacent l'Europe d'un schisme nouveau, et peutêlre mortel, — cette audace, dis-je, et cette folie, quelque idée que vous ayez de l'homme, vous étonneront encore. Il faut gémir profondément de la manière dont Rome est représentée au dehors. J'aurais aussi, malheureusement, bien des choses déplorables à vous raconter de celui que vous avez connu à G.* :

* X Gènes, sans cloute. Serait-il question de rarchevôiiue de Gènes, Lam-

paiivro esprit, pauvre caractère, vanité étroite et mesquine, préoccupations ambitieuses, rien n'y manque pour faire le mal. Lui aussi s'est prononcé, quoirpu* avec plus de réserve, contre les défenseurs du trône A[)Ostolique, et ses paroles n'ont ntenti que trop loin. Le peu di; considération dont il jouil, même parmi ceux qu'il flatte, en a seul atténué l'effet, (jucl étrange état, mon ami, et qu'attendre de l'avenir, lorsqu'il est trahi par ceux mêmes à qui Dieu en a particulièrement confié le soin? Je ne saui'ais me persuader que le Pape connaisse le véritable état des choses; il est trompé, indignement trompé par les hommes qu'il emploie. Oh! avec quelle ardeur je demande a Dieu qu'il fasse parvenir la lumière jusqu'à lui, et qu'ensuite il lui donne le saint courage de la foi qui sauva le Monde, il y a six siècles, et qui pourrait le sauver encore ! Il y a une force morale qui se communique : qu'il parle aux âmes, elles lui répondront. Mais le silence, mais l'abandon de soi, mais la crainte qui fléchit, qui cède tout et dissimule tout, c'est la mort.

Je ne sais rien sur la politique (pie ce que vous en apprennent les journaux. Nous vivons dans l'attente de la session, qui doit ou tuer le ministère, ou prolonger encore quelque temps son agonie et celle de la Royauté. Je ne crois, en aucune hypothèse, à la possibilité d'éviter une catastrophe. Si on laisse les choses aller, la ruine est au bout ; si l'on tenle quelque forte mesure, on manque de ce qu'il faut pour la soutenir, car les masses seront contre. Nul moyen de salul à présent, parce qu'il y a autant d'erreur, autant de mal, dans le parti du Pouvoir, que dans celui qui l'attaque. Je le dis à regret, mais je le dis avec une conviction profonde, c'est aux peuples à se sauver eux-mêmes, en s'aidant de l'ÉgUse et en s'appuyant sur elle.

Nous avons eu d'horribles froids. Il paraît qu'il en a été ainsi pai' toute l'Lurope; cependant, di puis hier, il y a une apparence de dégel : Dieu veuille que ce ne soit pas une simple apparence, car les pauvres souffrent extrêmement ! Mille tendres respects à ce qui vous entoure. Tout à vous du fond de mon cœur.

bruscliini, nonce du Pape en France? C'est une simple conjecture que rien de pnrticuliiT n'autorise, et que nous donnons pour ce qu'elle peut valoir.

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