‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 61 sur 238 · A M. LE BAUON DE VITROLLES · texte numérisé non relu

A M. LE BAUON DE VITROLLES

Le 1" mars 1850.

Pourriez- vous, mon bon ami, me rendre le service de réclamer, au ministère des affaires étrangères, un paquet que l'évêque de New-York, actuellement à Rome, a dû m'adresser

^ Il s'agil toujours de Maleslroit.

- Promu au cardinalat.

par votre ambassade? Lorsque ce paquet sera entre vos mains, je vous prierai d'avoir la bonté de le faire remettre au bureau du Mémorial catholique, rue des Beaux-Arts, n° o, où l'on trouvera une occasion de me le faire passer. Mille pardons de mon indiscrète requête.

Au moment où cette lettre vous parviendra, vous connaîtrez le discours du trône, et vous aurez probablement quelques notions exactes sur la nature de la réponse que la Chambre se propose d'y faire. Ces discours et ces adresses ont quelque chose de drôle : c'est une espèce d'enseignement mutuel. « Voilà, messieurs, dit le roi, ce que j'attends des députés de mon peuple. — Voilà, sire, répondent les autres, ce que le peuple attend de son roi. » Et il se trouve, à la fin, que, des deux côtés, on a eu tort d'attendre; ce qui n'empêche pas de recommencer d'année en année, jusqu'à ce qu'il en vienne une où arrive enfin ce que personne- ne voulait, et ce que tout le monde attendait. Au reste, je n'ai jamais été moins au courant de ce qui se passe, et je n'en ai aucun regret. Les journaux en apprennent toujours assez à ceux qui ne sont que spectateurs. Je vois donc ce qui se fait, c'est-à-dire rien; et je prévois ce qui se fera aussi bien peut-être que ceux qui le feront, ce qui n'est pas beaucoup dire^ Ce que je voudrais prévoir, c'est

* ... Si je vous disais que je vous trouve bien n&ir dans vos perspectÎTeg politiques, très-cher, vous penseriez peut-être que, comme le commun des hommes, je trouve que totft va beaucoup mieux parce quon a un peu éLirgi la chaise sur laquelle je dois m'asseoir. Il n'en est pas ainsi; mais, je vous le répète, je crois la société des hommes, semper et ubique, la plus faible, la plus infirme des choses humaines; quelle marche et nsarchera toujours dans sa débilité naturelle; qu'il n'est donné à personne de la redresser ou de lui imprimer de meilleures forces ; que ce que vous en dites aujourd'hui, avec le sentiment du mal présent, on a pu le dire de tous les temp^. et on peut le dire de tous les contemporains, depuis Rome jusqu'à la République Argentine; qu'enfin nous arrivons quelquefois à éch.inger un m.-»l contre l'autre, mais jamais à établir un bien réel et positif, tel qae l'esprit, dans la beauté de ses vues et les grandeurs de ses conceptions, voudrait l'embrasser. D'après cela, vous pensez bien que je ne m'imagine pis de constroirc un palais dans le cratère de TEtna; mais je pense que nous autres, pauvres ouvriers, nous remplissons un devoir de manœuvres en jetant quelques pelletées de terre sur les crevasses qui se font à nos pieds, afin de n'être pas étouffés dans le moment... — M. de VitroUes à lumennai*. Paris, 10 mars 1830.

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