‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 62 sur 238 · A M. LE COMTE DE SE.NFFT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SE.NFFT

Le i" mars 1830.

J'ai encore recours à votre obligeance, mon excellent ami, pour vous prier d'acheminer, sans aucun délai, la lettre incluse à son adresse, après l'avoir lue. J'aurai, quoi qu'il arrive, dit la vérité, et, autant que je le puis, acquitté ma conscience *.

Je vois avec une grande peine, par la dernière lettre de M™'' de Senfft, que le bon Dieu vous éprouve toujours ; j'espère qu'il continuera aussi de vous donner la force nécessaire pour tirer de ces éprouves le fruit que, dans ses desseins de miséricorde, elles sont destinées à produire en vous. Sou venez- vous surtout de ces paroles : Oportuit Christum patiy et s^ic intrare in gloriam.

Je ne sais rien en politique que vous ne sachiez déjà, et mieux que moi. Demain, le discours du troue, comme cela s'appelle, et puis l'adresse, et puis la guerre, dont l'issue offre peu d incertitude. Mais que le ministère reste ou qu il tombe, cela ne change rien à l'avenir. On a voulu distraire les esprits par l'expédition d'Alger; en cela, l'on s'est, je crois, trompé beaucoup. Tout le monde ne voit dans cette entreprise qu'un moyen de faire diversion aux attaques contre le ministère, et, endéûnitive, un surcroit d'impôt; à moins que, Alger pris, on* ne le gardât pour y fonder une colonie, ce que probablement les Anglais ne permettraient pas; la misère est au comble chez eux, et l'esprit de révolution y fait des progiès rapides. L'aristocratie, corrompue par les richesses et par le pouvoir, portera tôt ou tard la peine de ses anciens crimes et de ses fautes récentes ; elle compte, pour se défendre, sur ses forces mafé-

• Autant qu'on peut le penjer. il s'j^t ici de quelque lettre-mémoire adressée au sourerain poutite. Voyez plus bas, pasre 129, note 3.

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rielles, et en cela Dieu l'aveugle. Quand le simoun de la démocratie viendra, et le temps n'en est pas loin, à souffler sur cette terre, tout ce qui paraît encore si vivant sera putréfié soudain par son haleine brûlante.

Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de Rodolphe. Vous savez, cher ami, avec quelle tendresse je vous suis inaltérablement dévoué.

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