‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 73 sur 238 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

Le 5 mai 1830.

Un petit voyage que j'ai été obligé de faire m'a empêché de vous remercier plus lot de votre aimable lettre du 15 avril. Hélas! vous étiez encore triste et inquiète de la santé de la comtesse Louise; je prie de tout mon cœur pour elle, pour vous, pour mon ami bien-aimé; je demande à Dieu qu'il vous accorde à tous un peu de rafraîchissement, comme parle le Psalmiste, après de si longues et cruelles épreuves. Oh! que la vie serait pesante, si nous n'étions soutenus par la foi et ses éternelles espérances. Mais, lorsqu'au milieu de nos douleurs, tout à coup nous entendons la voix de Jésus-Christ qui nous crie : Encore un peu de temps ! alors notre pauvre âme reprend courage, et, regardant le but, nous recommençons à marcher, comme le vieillard de Pétrarque :

Indi traendo poi l'anlico iianco Per l'ostreuie giornale di sua vila.

Quanto più pu6, col buon voler saïta, Rotlu dagli anni, e dal communo slanco.

Si les journaux disent la vérité, il paraîtrait que le Pape serait très-malade. Il semble que tout manque à la fois. En France, vous voyez comme vont les choses. Le peu de gens qui avaient fondé des espérances sur le ministère actuel ouvrent les yeux, et se détachent de lui tous les jours. Rien ne peut rester tel qu'il est, et dans le pouvoir comme autour de lui, pas une seule pensée d'avenir. Livrée aux caprices d'un insensé^, l'Espagne ne peut renaître que par une révolution.

* Ferdinand YII, alors dans le premier feu de sa passion pour la jeune princesse qu'il avait récemment épousée et qui allait le rendre père, venait justement, au moment où Lamennais le qualifiait ainsi, de changer l'ordre de successihililé à la couronne, en remettant en vigueur Tancienne loi de la nionarcliie qui rendait les filles habiles à succéder à leur pèfe. à défaut d*enfanis mâles. Il e.-pérait ainsi enlever leur chef aux Apostoliques, dans les complots desquels figurait toujours le nom de son frère don Carlos, désigné par eux pour héritier de la couronne. La pragmatique sanction, publiée le

Kt ailleurs est-on mieux? Voyez l'Anf^leterre elle-même, et sa vieille eonstitulion eliaucelante sur ses bases ruinées : l'immense population créée par l'industrie n'a point de place dans cet édifice, et veut s'en faire une; la faim dévore la moitié de ce peuple qui a englouti les richesses du monde.

En ce qui tient à la Heligion, tout est à craindre, s'il ne survient, et bientôt, de grands changements. La faction gallicane remplit l'épiscopat d'hommes à elle; sous les yeux de li... on prépare un schisme et la ruine de la foi, sans qu'ow paraisse s'en occuper le moins du monde. Frayssinous a eu dernièrement une nouvelle attaque d'apoplexie; on ne croit pas que désormais il puisse aller loin : quel compte terrible il aura à rendre! on dit que l'évêque de Versailles, M. Borderie, lui succédera ; il est fort en crédit à la cour. Que dire à tout cela? Domine j salva nos, perimus!

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