‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 72 sur 238 · A MADAMK LA COMTESSK DR SK.NFFT · texte numérisé non relu

A MADAMK LA COMTESSK DR SK.NFFT

Le IG avril 1830.

Voici la lettre que j'attends de vous; mais, hélas! elle laisse encore subsister l'iiiquiélude, et celte inquiétude va croissant. Je crains que l'état de cette santé si chère n'altère la vôlre, n'altère celle de M. de Seniït : prenez courage, Dieu aidera ; je ne cesse de le prier pour vous. Que mes prières no sont-elles meilleures!

Ce pauvre marquis d'Azeglio! il tremblait, l'an dernier, pour sa femme, et maintenant c'est à celle-ci de craindre et de pleurer. L'étrange chose que la vie! mais il faut la prendre telle qu'elle est; Dieu ne l'avait pas faite ainsi, et notre tâche est de la refaire comme elle était originairement, avant le jour fatal où il fut dit à celui de qui nous la tenons : Ta mourras demortl Cette parole, aujourd'hui, on l'entend partout : on la dit aux nations, on la dit aux rois, et ils ne s'en inquiètent guère; on la dit aussi aux ministres, et ceux-ci y sont plus sensibles; car, en tant que ministres, ils voudraient bien ne pas mourir : cela n'est pas du tout de leur goût. Cependant la sentence n'est pas moins irrévocable pour eux, et je la crois près d'être exécutée sur M. de Polignac et ses collègues. Ils « n'iront pas longtemps, )) comme on dit. Les médecins, réunis en consultation, se divisent, et leurs divisions éclatent. Ils vont même jusqu'à s'en prendre au malade, « qui ne veut pas guérir, » disent-ils. Hélas! on peut bien croire pourtant que ce n'est pas l'envie qui lui manque. Que lui manque-t-il donc? de savoir et de pouvoir; rien que cela. On dit que les ministres, ne sachant plus que faire, se sont mis à jouer aux dés (au Dey); l'enjeu est de î)0 millions que la France payera, et, si le dé est favorable à M. de Bourmont, ainsi qu'il s'en flatte, on lui décornera nationalomcnt le surnom d' Algérien.

Oserais je vous prier do faire jeter à la poste la lettre ci-incluse; j'ai quelque raison pour ne pas la faire partir d'ici.

Mille vœux les plus vifs et les plus respectueux ^

* Lettre siipprimco: — .1 M"" la baronne Champy. LiiChcnaïc, 51 avril 1830.

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