‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 75 sur 238 · A M. BEURYER · texte numérisé non relu

A M. BEURYER

Le 22 mai 1850.

Il y a bien longtemps, mon cher ami, que vous me tenez rigueur; pas un seul mot de vous. Vous savez pourtant combien il m'est doux de recevoir de vos nouvelles, et combien aussi il pourrait m'être utile d'avoir votre avis sur ce qui se passe. Tout annonce que nous touchons à de grands événements : plaise à Dieu qu'ils amènent un état de choses meilleur! En attendant, ce pays-ci est dans de cruelles alarmes : la bande d'incendiaires qui désole la Normandie y a pénétré, et déjà plusieurs crimes de ce genre ont été commis dans notre voisinage ; nous n'avons nous-mêmes échappé que par un grand bonheur; car, il y a peu de jours, deux hommes tentèrent d'incendier, pendant la nuit, l'une de nos fermes, située à une portée de fusil de la maison: ils s'étaient déjà introduits dans le grenier à foin, lorsqu'un domestique qui y couchait les effraya; ils prirent la fuite, et on les poursuivit vainement. On a arrêté plusieurs personnes suspectes; mais je n'ai pas ouï dire qu'on fût sur la trace d'aucune révélation importante.

M. Ruelle, qui vous remettra cette lettre, doit s'arrêter quelques jours à Paris, pour une affaire dont il vous parlera: c'est un homme excellent, plein de droiture, de probité et de mérite, et à qui je prends un vif intérêt. 11 aurait besoin d'êlie appuyé près du garde des sceaux ; j'ai pensé que vous ne refuseriez pas de lui rendre ce service, et je vous en prie instamment. Il s'agit d'une place de juge de paix, que personne n'est

soin de décider qui avait les prei^senliments les plus justes, de l'iionime du monde, perdu dans le détail de la polilique, ou du solitaire de la Chênaie, absorbé dans ses rêveries.

plus que lui en élat de bien remplir: sa nomination réjouirait le pays, qui en craint beaucoup une autre.

Permettez aussi que je vous rappelle ma triste affaire avec Saint-Victor. Voilà des années que j'attends le léger débris que cet homme devra me restituer, après avoir dévoré le reste de ma fortune. Je vous demande en grâce de terminer. Si petit que soit le solde de compte qui me reviendra, j'en ai besoin, et grand besoin, pour acquitter mes propres dettes.

Veuillez faire agréer mes respectueux hommages à U""" Berryer. Que devient Arthur? Dites-lui que je l'embrasse tendrement. Tout à vous, cher ami, du fond de mon cœur.

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