‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 81 sur 238 · S.I. — A M. LE COMTE DE SENFFT · texte numérisé non relu

S.I. — A M. LE COMTE DE SENFFT

Le 1C juin 1830.

Je reçois, mon excellent ami, tout à la fois et votre billet du 2 juin, et la lettre que m'écrivait, la veille, la comtesse Louise. Je vous prie de la remercier de ma part, en attendant que je la remercie moi-même directement. Aujourd'hui, je veux vous parler de vous, de votre douloureuse position, pour vous dire au moins combien j'y prends part et combien mon cœur souffre des souffrances du vôtre, j'espère vaguement un mieux de l'arrivée du comte de Salis prés de vous, et je l'espère aussi du côté des R., d'après ce que m'écrivait, il y a quelque temps, M'"*' de Senfft. Oh ! si je pouvais quelque chose! mais je ne puis que prier Dieu de vous rendre ce repos de l'esprit qui vous serait si nécessaire, et de vous donner au moins force et courage, si cette cruelle épreuve doit encore durer : le temps approche où nous aurons aussi à en supporter une l)ienrude. Un choc désormais est inévitable; le gouvernement paraît le sentir, et compter assez peu sur l'appui qu'il peut espérer de trouver en France puisqu'il paraît en chercher un autre dans l'armée espagnole, (jui se rassemble sur nos frontières^ S'il amenait parmi nous ce nouveau fléau, il n'est point de châtiment qu'il ne méritât et qu'il ne dût s'attendre à subir. Aujourd'hui, le despotisme se donne partout la main, comme pour tomber par une ruine commune. M. de Polignac, à charge de revanche, interdit l'entrée de notre pays aux proscrits de M. Van Maanen^. Je savais bien, assurément, que cet

* Sin)ple liypolhcspj dénuée de fondement. Les deux camps de Sainl-Omer et de Lunévillc comptaient 14,000 hommes disponibles, que M. de Poli<^nac voulail amener à Paris, Il en l'ut empéclié par la nouvelle qu'un corps d'armée prussien se rassemblait sur les frontières de la Beigiipie, alors à la veille de s;\ glorieuse révolution. Voir, au surplus, les Etudes historiques et politiques de M. de Polignac, citées par M. de Vaulabelle. [Hist. des Deux Restaurations, lomeVUi, pages 100-107, 3" édition.)

- C'est-à-dire aux mcnibrcs du parti libéral catholique belge, expulsés par le ministère hollandais. 51M. de Potter, Coche-Mommens, Tielemans, Barthels, de Nève et Vandenstraeten avaient été emprisonnés le 11 février

homme était un sot, mais je ne savais pas qu'il fût un infâme; il a fait ce que Dubois seul avait osé faire jusqu'à présent; et encore en quel temps, et sous quel souverain! L'âme se soulève d'indigation, lorsqu'on voit les déshonorantes bassesses de la Régence venir souiller ce qu'il peut encore y avoir de grandeur dans la lutte terrible qui se prépare. Nos évêques incorrigibles se jettent dans la mêlée, leurs ridicules Mandements à la main, et semblent avoir juré d'ensevelir, sous le trône chancelant de la tyrannie qui les écrase, les derniers restes du christianisme en France.

11 y aurait trop à dire sur l'état général de l'Europe, en ce moment, pour entamer ce sujet, et vous en savez là-dessus plus que moi. Adieu donc, cher ami; prions l'un pour l'autre, et n'espérons de paix que dans le ciel.

Oserais-je vous prier d'acheminer la lellre incluse?

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