‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 82 sur 238 · A MADAME LA COMTESSE DE SEîNFFT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE SEîNFFT

Le 25 juin 1850.

Votre lettre du 12 m'a fait un véritable bien par les espérances qu'elle me donne. J'attends beaucoup du zèle et de la sage activité de l'excellent comte de Salis. Je ne doule pas non plus des sentiments des Rie, et tout cela ensemble doit mener à une conclusion heureuse; oh! combien je la désire, et que j'aurai de joie lorsque j en serai tout à fait assuré !

Vous avez vu les premiers succès de notre armée d'Afrique : il est désormais presque impossible que le but de l'expédition ne soit pas atteint ; car la plus grande difliculté, et à peu près

1850 et livrés à la cour suprême de Bruxelles. Le 50 avril, ils furent condamnés : M. de Potier à huit ans, MM. Tielemans et Barlliels à sept ans. M. de Nève à cinq ans de bawnissenienl. MM. Coche-Moniniens et Yandenslraeten furent acquittés. Le gouvernement français refusa un asile aux quatre bannis lorsque leur condamnation fut devenue définitive. Les historiens qui veulent justifier ce déni d'hospitalité disent que le refus de M. de Polignac masquait le projet d'envahir la Beltrique si les Prussiens y mettaient le pied. En aUcndant, il ne fallait pas leur fournir le prétexte de l'intervention à laquelle ils semblaient se préparer.

la soûle, était tlo prondro terre, lîeste ensuite à savoir ce que l'on fera d'Alger ; piobablement ce que l'Angleterre voudra : nolie ministère a bien d'antres soucis; sa position devient chaque jour plus embarrassée et plus alarmante. D'après les renseignements envoyés par les préfets, il ne compte que sur deux cent dix voix : c'est deux cent vingt contre; mais il espéi"e que l'opposition se divisera, et c'est de cette espérance qu'il fait dépendre l'avenir. Pour moi, je crois que les préfets se trompent, et que le libéralisme sera pbis fort qu'ils ne l'ont annoncé dans la Chambre nouvelle. Le pouvoir n'a plus ni racine, ni appui réel dans la nation; aussi ses défenseurs à gages ne savent-ils dire autre chose sinon « qu'il y a guerre entre la majorité de la France et le Roi, et que ceux que le Roi paye doivent se déclarer pour lui dans cette guerre. » On n'ira pas bien loin avec toutes ces raisons-là. Le fait est que le gouvernement, oppressif pour tout le monde, a réduit, en ce qui le concerne, toutes les questions poHtiques à une seule, celle de son intérêt et de son existence personnelle : ce n'est pas ainsi qu'on se soutient, au moins en ce temps-ci. Ce qu'il y a de plus déplorable, ce sont les basses extravagances du clergé; si la Religion se perd en France, c'est lui, lui seul qui l'aura perdue. Vous ne vous faites pas d'idée, même par les Mandements de Messeigneurs, de Fidiotisme de la gent dévote. Je suis bien obligé de dire que les Jésuites jouent là dedans le rôle principal; ils sont devenus, en vérité, les grenadiers de la folie. Croiriez-Yous qu'ils s'en vont mystérieusement de ville en ville, rassemblant hommes et femmes, la nuit, dans certaines maisons, pour leur prêcher des sermons politiques? s'ils avaient juré d'abolir le calholicisme en Fiance , ils ne s'y prendraient pas mieux. Jamais l'imbécillité humaine, unie aux plus petites et aux plus viles passions, ne se montra sous un jour plus visiblement hideux. Les Sulpiciens, dans un autre genre, font merveille de leur côté. Que dire? que faire? Domine, salva nos, pcrimus! Je parle de l'abondance du cœur, comme je vois, comme je sens, et, autant qu'on peut se connaître, sans prévention aucune. Dieu m'est témoin que je ne désire que le triomphe de sa cause; les hommes ne me sont

rien ; mais que la Foi meure par ceux mêmes qui ont reçu mission pour la soutenir et la propager, j'avoue que mon âme manque de force pour supporter le poids de celte pensée.

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