‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 86 sur 238 · A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT

Le 23 juillet 1830.

Enfin je vois votre écriture; c'est beaucoup que de commencer; peu à peu la roideur se détendra ^ et après beaucoup de souffrances et d'ennui, comme, dans la pohtique, après la guerre, tout finira par le statu quo. Mes vœux accompagnent

* L'armée française était entrée dans Alger le 5 juillet au matin, vingt et un jours après le débarquement. La nouvelle de ce fait d'armes arriva le 9 juillet à Paris, par voie télégraphique. Le 10, rarchcvêque de Paris publia un Mandement pour annoncer le Te Deum auquel Charles X devait assister. — «Trois semaines, ajoulait-il, ont suili pour humilier et réduire à la l'nihlesse li'un enfant ce musulman naguère si superbe. Ainsi soient traités, partout et toujours, les ennemis de notre Seigneur et Roi; ainsi soient confondus tous ceux qui osent se soulever contre lui! » Relire, maintenant, ce que Lamemiais écrivait le '2j juin à la comtesse de Senfft, sur « les basses extravagances du clergé » et « Tiiliolisme de la gent dévote. »

^ M™" de Senfft avait eu le doigt luxé à la suite d'une chute dont il a été plusieurs fois question.

le comte de Salis, et aussi mes espérances. Je ne doute point que les R. * ne fassent tout ce qui dépendra d'eux. Il doit être si doux d'obliger! Je les renonce pour excellences, s'ils ne se montrent pas excellents.

M. Robertson devait vous écrire; il n'en a rien fait, attendu qu'il n'a eu que quatre jours pour arranger sa malle. Mais enfin voici son adresse que j'ai obtenue, une demi-heure avant son départ : J. B. Robertson, Esq''^ Cranford Cottage, near Hoiinslow, Middlesex, London.

Malgré mes plaisanteries, c'est au fond un excellent jeune homme, mais un peu, sauf quelques variantes, du naturel du comte de Sahs.

Je ne suis pas surpris que la comtesse Louise ait été frappée de cette mort '^ ; il est difficile de ne pas y reconnaître le doigt de Dieu; mais cela n'arrête personne; on en cause un moment, et puis Ton parle d'autre chose, et Ton continue de marcher tranquillement dans la même voie ; on profite de cette même mort et de toutes les autres pour planter le galHcanisme dans de nouveaux diocèses, pour pervertir l'enseignement de plus en plus, jusqu'à ce que, d'heure en heure, enfin il en sonne une — la dernière ! — et alors la lumière, mais une lumière brûlante, et alors l'éternité !

J'ai bien regretté ce bon marquis d'Yenne. Que deviennent ses nièces? sont -elles bien traitées?

Je viens de recevoir des détails intéressants sur la Belgique: le clergé y est généralement très-bon, mais l'épiscopat aussi faible et peut-être plus que le nôtre. C'est par la tête que tout manque. La religion de la peur sera la dernière idolâtrie. Nous connaissons assurément plus d'un pontife de ce culte, qui s'exerce à plat ventre, et qui a do la boue pour encens. J'ai toujours été très-frappé du passage où l'Apôtre saint Jean, faisant l'énumération des grands criminels à qui lEiifer est réservé, nomme particulièrement les timides. Et nunc, Messeigneurs, intelligite !

Vous avez vu comment la Gazette, après un an d'adulations

* Les Ilicciiii.

* La mort de M. Feulrier, évoque de Beauvais.

DK LAMENNAIS. Vol

payées à hoaiix deniers comptants , s'était enfin retonrnéo contre notre cliélif ministère. p]st-ce assez d'humiliation d'un côté et d'infamie de l'autre? On ne sait eneort; si la session sera, ou ne sera pas retardée, ni ce que M. de l'olignae imaj^Miiera pour se maintenir contre l'énorme opposition que les électeurs lui ont préparée; il assure, à qui veut l'entendre, qu'il a une mission. Vraiment j(î le croi.s bien. S'il n'avait pas été envoyé, comment le renverrait-on? pour dernier malheur, la Quotidienne lui reste. Vous savez qu'elle est maintenant sous l'influence de Ferdinand de Bertier, qui en est devenu le principal propriétaire, et, — en vérité, on le croirait, — le rédacteur principal. Ainsi, fidèle jusqu'au bout au trône et à Vautel, le brave homme leur a consacré les économies de son esprit. Pour être parfaitement tranquille sur ce- qui les concerne, je n'attends plus qu'une ode de M. de Marcellus.

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