A M. LE DARON DE VITHOLLES
Lo'iôjuiilel 1850.
J'ai suivi avec un double intérêt, mon bon ami, les progrès de notre campagne d'Alger, et, grâce à Dieu, je puis désormais me réjouir et du succès de nos armes, et de ce que vos inquiétudes sont à peu près à leur terme K Vont venir maintenant, je
* Le second lils de M. de \ilrolles faisait, nous l'avons déjà dit, partie de lu flotte expéditionnaire. H se distingua au débarquement, où il était particulièrement chargé de la direction des bateaux-bœufs, service difficile et périlKux.
pense, les promotions qu'on ne peut refuser au courage et à l'habileté de nos officiers de marine, et dans lesquelles il est impossible que Guillaume n'ait pas une part honorable; j'attends ce moment avec impatience : ce sera pour moi, au milieu de tant de choses tristes, une vraie consolation.
J'avais bien compté sur une majorité libérale, mais je ne prévoyais pas qu'elle serait si forte ^ Que va faire M. de Polignac? peut-être ne le sait-il pas plus que moi; rien, jusqu'ici, n'a annoncé qu'il eût un plan arrêté et des résolutions prises d'avance. Ce qui au moins paraît certain, c'est la nécessité prochaine où il va se trouver d'abandonner le ministère, ou de se défendre par des coups d'État. Je penche beaucoup à croire qu'il prendra le premier parti. Alors qu'est-il venu faire là? pourquoi y est-il resté un an dans une position telle que sa seule présence a prêté plus de force au parti qu'il voulait combattre, qu'il n'en aurait acquis dans quatre années de lutte ordinaire? Cet homme m'est inexplicable, ou plutôt je me l'explique parfaitement : que Dieu lui soit en aide! Il n'y entend pas mahce. De tous les ministres qui peuvent réclamer une part plus ou moins grande dans les événements qui se préparent, je le déclare le plus innocent. 11 sera curieux de voir les procédés de la Chambre ; entre elle et le ministère, ce sera à qui ne fournira point.de prétexte contre soi. Je pense donc que d'abord on s'observera extrêmement de part et d'autre ; mais il faudra pourtant bien en venir au fond, et alors plus on se sera contraint, plus la violence peut-être sera grande. Quoi
* Mal;ïré les el'forts inouïs du ministère Polignac, l'inlervention directe du souverain qui, dix jours avant l'ouverture des collèges électoraux, adressa une proclamation solennelle aux Français, rîijournenient des élections dans les principales villes du royaume où l'opposition était en force, etc., etc., l'opposition l'emporta, dans les élections du 23 juin, à une majorité immense. Sur 189 députés à élire par les collèges d'arrondissement, le cabinet n'obtint que 5.5 nominations. Les ministres espéraient que les grands collèges, réunis le 5 juillet, rétabliraient la balance. Mais ils ne l'emportèrent, là, que d'un petit nombre de nominations. En somme, il devenait évident, dès les derniers jours de juin, par le résultat de la lutte engagée d'abord dans cette première série de départements, au nombre de GO, que les élections générales mettraient le ministère en (ace d'une Cbambre tout à fait hostile On en doutait si pou, que le coup d'Etat fut mis en délibération dès le 4 juillet, c'est-à-dire avant que l'on ne connût le résullat des élections générales.
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qu'il nrrivc, il est lri's-(;lair (|u'iiiie nouvelle dissolution est dorénavant hors de cause ; elle donn(;rait à l'opposition quarante voix de plus. C'est là ce qui rend la circonstance actuelle toute parliculière, et ne doit pas peu embarrasser les hommes qui ont {)oussé aveuglément les choses si loin. Je dis aveuglément, parce que, encore une fois, l'absence dépensées et de volonté fixe me semble patente dans leur affaire. En province, je vois tout le monde satisfait de la prise d'Alger % mais sans qu'il en résulte aucun sentiment favorable au ministère : on est étonné de voir à quel point il est dépourvu d'appui dans l'opinion; celle qu'on nomme libérale fait chaque jour de tels progrès, que, laissant à part la partie du peuple qui ne s'occupe aucunement de politique, je ne crains pas de dire que les neuf dixièmes de la population appartiennent maintenant au libéralisme. Jugez de là combien sont pitoyables les rodomontades'royalistes de la Quotidienne et du Drapeau Blanc. Le papier me manque. Adieu, très-cher; aimez-moi toujours comme je vous aime.