‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 92 sur 238 · A BIADEMOISELLE ANGÉLIQUE DE TRÉMEREUC · texte numérisé non relu

A BIADEMOISELLE ANGÉLIQUE DE TRÉMEREUC

A la Chênaie, le 27 août 1830.

J'ai pensé, depuis trois semaines, bien des fois à vous et à ma chère petite Clara, et pourtant je ne vous ai point écrit, mon excellente amie, parce que j'ai été, comme vous le pouvez croire, plus que jamais surchargé d'occupations. L'abbé Gerbet était à Paris pendant la bagarre, et il y est encore ; j'y serais moi-même, s'il m'avait été possible de quitter ce lieu, et difficilement pourrai-je me dispenser de ce voyage, dés que je serai plus hbre que je ne le suis maintenant. Toutefois, je n'ai encore aucun projet bien fixe là-dessus. Comme vous, j'aurais un grand désir de revoir nos bonnes amies, qui ne m'ont point écrit depuis assez longtemps; mais j'ai eu de leurs nouvelles par l'abbé Gerbet, sans aucun détail, cependant. J'ignorais qu'elles eussent été obhgées de se séparer de logement, ce qui aura été bien pénible pour elles. Je partage vos craintes pour la santé de notre bonne Villiers. Quant à Ninelte, j'ai appris vaguement par mon beau-frère ses projets de voyage : il s'agissait, à ce qu'il paraît, en dernier lieu, du pays de Gex. Si elle se décide à quitter Paris, elle ne pourrait mieux faire, je crois, que de se retirer chez sa belle-sœur ; mais, dans ces circonstances, ce ne sera probablement pas la raison qui la déterminera. Ce serait lui rendre un grand service que de l'empêcher de prendre un parti précipitamment, et par conséquent au hasard. U n'y a certainement rien à craindre pour elle, au moins en ce moment, elle pourrait arranger ses affaires à loisir, et voir ensuite ce qui lui conviendrait. .Mais la peur! En général on s'effraye beaucoup trop, non sans doute qu'on ne doive s'attendre à de grands maux, mais parce qu'avec du courage, de la raison et du sang-froid on pourrait en prévenir une partie. Ceux qui étaient les plus tranquilles, et qui traitaient de fous les honmies prévoyants, sont aujourd'hui ceux qui tremblent davantage; et dans leur frayeur et leur bêtise à jamais incurable, ils sont destinés encore à aggraver les calamités

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dont ils sont on partie la cause. Knfin, la volonté de Dieu! Embrassez pour moi ma petite Clara. Je suis, comme vous le savez, mon excellente amie, et serai jusqu'à la mort tout à vous de cœur.

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