A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT
Le 13 septembre 1830.
Je ne vous écris aujourd'hui que deux mots^ étant surchargé d'occupations et presque épuisé de forces. Quelques affaires m'obhgent de me rendre à Paris, où je passerai de quatre à cinq semaines. Je partirai demain.
Comme on devait s'y attendre, notre position se complique de bien des manières. Le besoin d'ordre et de sécurité est senti généralement, mais les opinions diffèrent trop pour qu'on puisse espérer beaucoup d'échapper à de nouvelles se-
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noussps : cUos seront pnrlicuIièreiiKmt iiiùvitaliios, si la paix (lo riMirope est troublée. Ce sont surtout les autres États qui ont intérêt à la conserver, car presque partout où nos soldats paraîtront en ce moment, les peuples les recevront comme des libérateurs.
En ne tenant pas compte des nuances, qui sont infinies, il y a aujourd'hui trois partis en France : le parti jacobin, fort de sa violence et de l'entraînement des choses; il s'appuie sur la populace, et n'est peut-être pas sans influence sur l'armée. Le parti royaliste, stupide et absurde, comme il le fut toujours, et qui n'a d'action que pour alarmer, désunir, dissoudre; ce parti a pour organe et pour représentant la Quotidienne, qui pousse à l'anarchie bien plus dangereusement que les jacobins eux-mêmes. Enfin, le parti incomparablement plus nombreux des hommes qui tendent à s'unir pour le maintien de l'ordre, sur une large base de liberté. Ce qui manque à ceux-ci, c'est un ensemble, une organisation qu'ils n'ont pu encore se donner, et que retarde un reste de vieux préjugés et de vieilles défiances: c'est à ce dernier parti, qu'à l'exception de quelques incorrigibles gallicans, tout le clergé appartiendra dans très-peu de temps.
On n'a eu jusqu'ici à se plaindre d'aucun acte du nouveau gouvernement; au contraire, il protège, autant qu'il peut, tout ce qui doit être protégé; il y a, dans sa conduite, sagesse et droiture; mais sa position est faible. La peur légitime de l'anarchie a empêché de comprendre que chaque espèce de gouvernement a ses conditions propres et essentielles, et que notre gouvernement n'est et ne peut être, de fait, qu'une démocratie. Tout ce qu'on y a mêlé de principes contraires devient déjà et deviendra chaque jour davantage un terrible embarras pour le Pouvoir, parce que c'est par là qu'on l'attaquera, et qu'il n'aura aucune force pour se défendre contre le principe même des institutions et ses conséquences. Sous ce rapport, il se trouvera dans la même situation que l'ancien gouvernement, avec des conditions plus "défavorables encore, C'est là peut-être ce qui menace le plus prochainement notre tranquilhlé. Jusqu'à ce que l'organisation politique soit homo-
gène et dégagée des éléments contradictoires qu'on a voulu sottement combiner depuis quinze ans, il y aura trouble dans l'État, et certitude de révolution nouvelle ; car rien dans l'univers ne subsiste que par l'unité.