‹ Correspondance [de] Lamennais (volume 2)Chapitre 98 sur 238 · A M. I.E MAllQUIS DE COIUOMS · texte numérisé non relu

A M. I.E MAllQUIS DE COIUOMS

Paris, 3 octobre 1830.

Les paroles que vous me transcrivez, mou cher ami, sont (lignes de vous, c'est-à-dire, admirables'. Oh! que vous avez raison : « (<e n'est désormais qu(î des peuples qu'il faut attendre le salut des peuples. » Eh ! bien, donc, travaillons à nous sauver; je crois que V Avenir contribuera, et beaucoup, à répandre cette idée salutaire. La peur elle-même dispose les esprits à écouter la voix de la raison. Tout ce qui n'est pas perdu de jacobinisme ou de royalisme se rapproche de nous, et plusieurs avec enthousiasme. Les abonnements arrivent en foule, et le succès paraît assuré. M. Harel de Tancrel, notre rédacteur principal, homme, sous tous les rapports, distingué, eut l'honneur de vous écrire, il y a deux jours, pour vous donner les renseignements qui vous manquaient et que vous désiriez ; il a réclamé en même temps votre coopération, comme écrivain, et pour ma part, je serai tout fier^de me trouver votre frère d'armes.

Vous voyez par les journaux notre position politique ; le gouvernement comprend mal la sienne. Il a Tair de penser que, dans tout ce qui s'est fait, il n'y a eu qu'un changement de roi. Deux choses, surtout, inquiètent en ce moment : la guerre extérieure qui devient chaque jour plus imminente, et le procès des ministres ^ ; il y a eu au moins deux belles occa-

' a ... Voici ce que j'écrivais à un de mes anciens amis, un ancien administrateur : « On se croit encore au congrès des rois, quand, grâce à la stu- « piditi; des rois, on en est arrivé au congrès des nations. Uintelligite, l'eru- (( dimini, ils les ont dédaignés, et, de surdité en surdité, d'aveu^îlement en « aveugicmont, de sottise en sottise, d'ingratilude en ingratitude, ils en sont à « l'inoxorahle : 7Uinc morcre! Ce n'est ilésormais que des peuples que j'al- « tonds le salut des peuples; des rois, je n'attends rien, et ils n)"ont quasi (f guéri de la maladie dite légitimité. » — M. de Coriolis à Lamennais, lettre du 27 septembre 18')0.

* Le procès des ministres datait du 5 août, jour où ils furent mis en accusation pour crime de liante trabison, sur la proposition de M. Eusèbe Salverle, prise en considération par la Cliambre des députés.

L'arrêté de cette Chambre qui détermina le mode des poursuites est daté

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sions de les sauver; on les a manquées, parce qu'on manque tout, et que l'on n'a l'intelligence de rien; aujourd'hui, l'on doit concevoir les plus vives craintes pour eux. Hélas ! celui que généralement on juge le plus coupable, n'était que fou^ : j'ai appris, à cet égard, des choses presque incroyables.

Veuillez dire, je vous prie, à M'^' de Coriohs combien je suis touché de son souvenir, et lui faire agréer mes respectueux hommages.

Je finis, parce qu'on m'interrompt. Ce qui ne finira jamais, c'est la vive amitié que mon cœur sent pour vous, et qui fait sa joie dans ces tristes temps.

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