‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 103 sur 140 · A M. LE MARQUIS DE COUIOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE COUIOLIS

A la Chênaie, le 7 janvier 1828.

Je crois, monsieur le marquis, que vous devez être content de la persévérance de M. de Villéle, et pourtant il n'y a pas d'apparence que ce soit pour lui qu'il a été dit : Qui perseveraverit usque in finem, hic salvus erit. Son jugement est prononcé, il est sans appel ; et voilà ce que toute la France ne peut parvenir à lui persuader : — à moins cependant qu'il n'ait mis dans sa tête d'être solennellement exécuté par les Chambres, auquel cas il n'y aurait rien à dire; il ne faut pas disputer des goûts.

Seulement, on pourrait s'étonner que le roi consente à celte fantaisie de son ministre; car, je vous demande un peu, quel bonheur pour la Royauté de s'entendre dire : « Il vous plaît de « garder M. de Villéle; nous en sommes fâchés, mais il nous « plaît, à nous, de le renvoyer; et il s'en ira, attendu que vous « avez bien le droit de nous gouverner, mais avec des gens (( de notre choix; vous avez bien le droit de prendre des con- (( seils, mais à la condition toute simple et toute naturelle (( qu on ne vous conseillera que ce que nous voudrons, car, en « bons et fidèles sujets, nous avons infiniment à cœur d'être u toujours d'accord avec vous, ce qui n'arrivera jamais plus « sûrement que quand notre volonté sera la vôtre*. » On ne

* Ce passage ironique rappelle l'épiixranime de Rocheslcr sur les Communes du temps de Charles II. Le poêle suppose une pclition déposée par la Chandjre aux pieds du monarque. Elle est ainsi conçue :

In ail humilily, we crave

Dur soveraijiii may be our slave;

And humbly bcg thaï he niay be

Belray'il by us mosl loyally.

And if be plc;tse oncL' lo lay down

His scopler, dignily, and crown,

Wc'il niakc liim, for tlie lime lo corne

Tbc grealcst prinro in Ciirislendon).

Eu toute humilité nous aspirons — A faire de notre roi notre esclave; — Et humblement lui demandons — De se laisser très-lovalonient trahir : —•

DK I, A M EN NAIS. 599

sauiuit nier (lue ce coiiij)liiiiei)t ne .soit Irès-coiislilulionnel ; mais si j'avais l'Iionneur de ni'appeler Charles X, je n'en serais pas assez flallé pour faire naître roccasion de le recevoir. (]Ikicuii a SCS idées, et il est vrai que ce n'est pas trop la peine d'èlre délicals sur cerlaines choses ; d ailh.'urs, la Iiévoluliou est reine aussi. Klle le sera bientôt toute seule, si l'on en juge par ce (jui se dit et par ce qui se fait. Nous approchons de grands événements. Je ne serais pas surpris que la guerre conire l'Kglisc ne commençai dès cette saison; du moins elle ne peut larder beaucoup. On nous demandera des déclarations, des signatures, des serments, enfin que Gais-je?le tout pour être refusé ; après quoi on déclarera que la «. ileligion romaine » est incompatible avec la Charte et les libertés publiques, et l'on s'occupera de former un clergé national ou gallican. On lui livrera les évéchés, les églises, les presbytères, les séminaires, les écoles. Tout ce qu'il y a d'impie en France le soutiendra en le méprisant. Les prêtres romains ne laisseront pas de continuer leurs fonctions, parce qu'il ne leur est pas permis de les abandonne!' en conscience. On dira qu'ils détournent le peuple de l'obéissance aux lois, et l'on en fera de sanglantes contre eu.\. Voilà ce que nous sommes destinés à voir, et bien d'autres choses encore. Je ne parle pas des changements purement politi({ues ; on les devine assez. Oue nous ayons le duc d'Orléans, le prince d'Orange, ou un auguste Président, à la manière des États-Unis, la guerre extérieure est inévitable; pour la faire, il faudra de l'argent: où en prendra-t-on? Où on en trouvera. Je ne dis pas que l'on confis(|ue, mais on empruntera, sans intérêts, à perpétuité. Vous li'ouvez peut-être, monsieur le marquis, mes prévoyances bien noires; je suis sûr, cependant, qu'elles ne différent pas de beaucoup des

<Jiio .s'il lui pliiil iiiH' lois de déposer — Son sceplro, sa dignité, sa couronne, — Nous leruiis de lui, pour le lcn»ps à venir. — I.e plus grand prince de In Clirélioiilé.

A ceUe requête supposée, Roche.<ler suppoî^e aussi lu réponse du roi :

(liiules, al llii> lime, havini; ik» iicotl, Tliaiik!) you as uuich a^ if lie iliil.

Charles, en ce moment, n'ayant besoin de rien, — Vous remercie tout connue s'il en était autrement.

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vôtres. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les hommes raisonnahles s'attendent à de nouvelles calamités. Il y a longtemps que, pour eux, l'époque seule est incertaine. Le mal a creusé en dessous pendant le ministère qui va finir; maintenant l'escarre tombe, et l'on aperçoit la plaie : de là l'étonnement des niais et la frayeur universelle. Mais ne croyez pas que cela dure. Qu'un homme de leur goût et de leur confiance, un « homme d'État, )) comme nous en avons, vienne leur dire : « Soyez tfanquilles! » ils seront tranquilles autant que jamais.

Quelque chose qui arrive, j'espère, monsieur le marquis, que Dieu veillera sur vous et les vôtres; et c'est ce que je lui demande de tout mon cœur. Tous les vœux sont renfermés dans celui-là. Permettez-moi d'y joindre l'expression des sentiments d'amitié et de respect que je vous ai voués.

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