I.il. — A MADEMOISELLE DE LUCIMÈRE
l.c 21 janvier 1828.
Je croyais, ma chère bonne amie, que vous m'aviez tout à f,lit oublié, comme tant d'autres ; ainsi, votre lettre m'a fait un double plaisir. Quand votre vue ne vous permettra pas d'écrire, dictez à Adèle; mais ne me laissez pas si longtemps sans avoir de vos nouvelles. Je vois que vous avez eu aussi des malades; le nombre en a été grand partout cette année. Pour moi, je ne suis pas mal; cependant toujours faible, et des spasmes de temps en temps. Je suis plus usé que vous ne l'êtes; et ainsi tranquillisez-vous aussi longtemps que vous me verrez sur la terre. Mes tribulations n'y sont pas finies; il m'en vient chaque jour de nouvelles, ce qui fait que « je me restaure )) connue la Monarchie. Il est sûr que de grands événements se préparent. Nous ne touchons pourtant pas à la crise. On commencera cette année à attaquer le clergé, et particulièrement en ce qui regarde l'éducation. Le reste viendra
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sucrossiveiTif^nt, cl plus ou iiioiiis vile scion les circonslniices. Ojfportct hscrcscs esse; vous ciiloiidcz co Inlin-h'i, autant au moins que i'évèque (rileiinopolis. Le pauvre lioinine est bien à plaindre si sa conscience vil encore, et pins à plaindre si elle ne vit f)lns.
Angf'îlique est tout occupée de la conversion du fVcre de sa belle-sœur. Je lui ai envoyé quelques petits traits pour faire lire au néo[)hyte. Il a, d'abord et avant toul, consullé son es- (omac; il paraît qu'il n'y a pas d'ol)jection de ce côlé, ce qui console infininiciit Angélicpie, cor la question du maigre l'inquiétait. Je lui mande qu'il me semble aussi que, d'après ce commencement, il y a beaucoup à espérer, et qu'il n'est rien que ne doive digérer un homme en état de digérer la morue. N'est-il pas vrai queues Anglais sont drôles, et plus que drôles, quand ils s'y mettent?
Il y a tout à l'heure un an que je n'ai vu personne de Trémigon, excepté mon beau-frére qui, de loin en loin, passe ici comine une ombre. Ils sont maintenimt à Saint-Malo, où la mort de M'"« Blaize les a forcés d'aller. Quant à mon frère, il vient très-rarement. Je l'attends demain 22, et il partira le 25, pour ne revenir, je pense, (ju'après Pâques.
Ainsi, c'est à moi de me faire compagnie de mon mieux. Je m'arrange, du reste, de celle solitude beaucoup plus que de la vie du monde, et si mes désirs s'accomplissent, je ne changerai pas de chambre désoruiais.
Mais qui peut prévoir son avenir, dans les temps où nous sommes?
Je vous embrasse toutes bien tendrement, vous, la bonne Villiers, Adèle, ma petite Hélène, et notre cher M. Carissan.
Je vous souhaite tout ce qut; vous vous souhaitez vousmême, de la liamiuillité au dehors, de la joie au dedans, et enfin le vrai bonheur, qui n'est pas de la terre. Quels que soient les événen^ents i)oliliques, vous n'avez rien à craindie personnellement, je vous l'ai dit bien des fois, et je vous le répète, pour que vous n'alliez pas vous jeter dans des frayeurs sans aucun fondement. Quant à ceux qui peuvent èlre atteints par la persécution, ils n'ont rien à ciaindre non plus, ils ont
au contraire tout à espérer; et ainsi ne vous troublez pas à leur sujet.
Savez-vous ce qu'est devenu le pauvre abbé L....? Il a quitté rilalie comme un fou, en annonçant qu'il allait défendre à Paris sa réputation, que ses procurateurs compromet- I aient.
Mille tendresses.