‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 108 sur 140 · IT.. — A MADAME LA COMTESSE DE SK.NFFT · texte numérisé non relu

IT.. — A MADAME LA COMTESSE DE SK.NFFT

Le ^3 janvier 1828.

Je reçois à la fois votre lettre du 12, et celle de la comtesse Louise du 10, Vous veniez d'apprendre la chute de M. de Villèle, dont vous conceviez beaucoup d'inquiétudes. Les unes sont très-fondées, les autres ne se réaliseront pas. Ce n'est pas un changement, mais un développement. Le système restera le mémo au fond, sauf le progrés inévitable dans toutes les choses humaines, qui ne s'arrêtent jamais à un point fixe. D'après la dernière combinaison, La Bourdonnaie, Delalot, Chateaubriand et l'archevêque de F^iris devaient entrer au ministère. On dit (pu; Chateaubriand ((pii a des engagemeuls écrits avec les doctrinaires, lesquels engagenuMils sont déposés entre les mains de Kéralry ) a refusé d'entrer dans une administration dont Koyer-CoUard ne serait pas mend)re. Quoi qu'il en soit, le ministère parait décidé à attendre l'ouvei tui'e des Chambres pour se recomposer. Je ciois, moi, qu'il y a toujours grande répugnance pour la droite, et, en outre, que le libéralisme est assez fort pour lui faire en partie la loi. D'à-

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près le parti qu'on a pris, ce sera la volonté toujours incertaine des assemblées délibérantes qui constituera le nouveau gouvernement. Tout ce qui se passe maintenant confirme, d'une manière bien frappante, tout ce que j'ai dit dans le premier chapitre de la Pieligion considérée, etc.

Quant à M. de Yillèle, ce n'est pas de sa chute qu'il faut gémir, mais de son administration. Il a dissous le parti qui l'avait porté au pouveir, et, persuadé que la corruption pouvait suppléer à tout, il a laissé à la Révolution l'empire des doctrines et toute la force qui s'attache à l'apparence même des sentiments généreux. Ce n'est pas parce qu'il est tombé qu'elle est forte, mais parce qu'il a régné. Nous voyons le fruit de ses œuvres, et il y a longtemps qu'il était visible. Nul homme, sans exception, n'a fait plus de mal à la société. Ne croyez pas que les autres ministres, depuis 1815, fussent traîtres; non, pas même Decazes. Ils ont penché, plus ou moins, vers tels ou tels principes, voilà tout. Quand les doctrines opposées aux leurs ont triomphé, il leur a fallu céder le pouvoir à l'opinion momentanément la plus forte. M. de Yillèle, en se moquant de toutes les opinions et en essayant de les tromper toutes, les a toutes mises contre lui. Dès lors il était clair que, malgré les fourberies et les violences employées dans les élections, la conscience publique le renverserait dès qu'elle aurait un moyen de se faire entendre, et c'est aussi ce qui est arrivé. Il faut que de grandes ténèbres aient obscurci ce petit esprit, pour qu'il n'ait pas prévu cet infaillible résultat de la dissolution de la Chambre. La Providence, peut-être, a permis cet aveuglement pour retarder la chute du trône; car il n'est point d'extrémités auxquelles les masses ne se fussent portées, si M. de Yillèle était resté à la tète des Conseils du roi. Ne croyez rien de ce qu'on pourra vous dire de contraire à cela : c'est la vérité même.

Pour les Jés , leur existence, dans aucune hypothèse,

ne peut être longue. L'ancien ministère les aurait détruits, connue le nouveau les détruira. .Mais, habitués par tradition à une politique souple, — qui n'est pas aujourd'hui de l'habileté, il s'en faut bien, — ils ont commis, dans un autre genre, la

m(Mnc raille (jnc M. do Villèlc : ils ont sacrifié rhoniiour, les doctrinos, la conscience, pour se l'aire tolérer cl'iiii pouvoir qui se mourait. Celle alliance lro[) connue a au<,Mnenté la haine qu'on avait pour eux dt.' tonte celle (ju'iiispirait h» ministère, en inèmc temps qu'eili; leur a valu le mépris des honnnes droits; (le sorte qu'avec leurs finesses ils n'ont réussi qu'à rendre leur (^hnte plus certaine, et aussi lionleuse qu'elle aurait pu être glorieuse et noble.

N'oubliez pas, je vous en conjure, qu'il n'y a aujoui'd'hui que deux doctrines dans le monde, fausses toutes deux, et par conséquent destructives toutes deux.

Partout où les royalistes voient un pouvoir légal, ils l'appellent légitime, et ils soutiennent qu'on lui doit une soumission absolue. Sa volonté, qui est la loi, n'a d'autre refile qu'ellemême; Dieu seul peut lui en demander compte dans l'autre vie.

Les libéraux (et en cela ils ne sont que chrétiens) disent que le pouvoir ainsi conçu est le despotisme pur, et que, loin d'y reconnaître le vrai droit social, ils n'y voient que le renversement de tout droil.

J'écaite tout ce qui lient aux passions, dans l'ordre purement politique; et les passions, dailleurs, cachent toujours un fond plus sérieux. 11 résulte de tout ce qui vient d'être dit :

Que la doctrine des royalistes, dégradante et fausse, (Me tonte force morale à leur parti; que ce qu'ils veulent élablir, ou rélablir, est impossible; et qu'ils poussent les peuples à la République par une théorie de la Royauté que repousse la conscience du genre humain ;

Que rojtinion libérale (purement politique, je le répèle,) a pour elle celte conscience universi'lK' (jui est la plus grande des forces; mais, connue en rejetant le joug du pouvoir absolu purement humain, elle rejette en mémo temps sa liuiite et sa règle divine, elle est contrainte de chercher l'une et l'autre dans la combinaison des formes matérielles du pouvoir, où il est impossible qu'elle les tiouve jamais; ce qui la condanuie à détruire sans fin et sans cesse.

Voilà noire élat véritable, et, de part et d'autre, le problème

qu'on essaye de résoudre est celui-ci : Constituer une société sans Dieu. J'ose assurer qu'on ne peut rien comprendre au présent, ni rien prévoir de l'avenir, qu'en jugeant des choses d'après ces idées fondamentales. Je n'attache pas la plus légère importance aux questions qui ne regardent que les hommes, et ce sont celles qui remuent tous les esprits. On se partage entre Pierre et Paul, et moi, je dis que Pierre et Paul, c'est tout un. Les hommes ne font jamais que ce qui est déterminé par des causes plus hautes; il n'y a de différence que dans la manière de le faire. Ainsi donc, levons les yeux vers Celui qui est le seul sage, le seul puissant, et dont la volonté est seule efficace. Adorons ses décrets, soit de miséricorde, soit de vengeance, et gardons-nous des vaines illusions de la terre, qui ne laissent après elles que le regret, la crainte et l'abattement. Siirsiim corda!

iU. — A M. BERUYER.

28 janvier 1828.

Nous ne voyons rien, mon cher ami, à quoi l'on n'ait dû s'attendre, et nous ne voyons que le commencement. Je vous l'ai dit bien des fois, et je ne le répéterai jamais assez. La grande affaire du libéralisme est moins de changer la dynastie que de changer la Religion. Ces deux choses, d'ailleurs, se lient intimement, et deviennent tour à tour but et moyen selon les circonstances. Je n'ai pas douté un seul instant que l'on ne commençât par attaquer l'éducalion ecclésiastitiue pour aller ensuite plus loin. Vous me demandez ce que je pense de la déclaration de guerre à l'Kglise signée Portails, et plus bas Charles^ Un petit commentaire sur le premier

* Le 22 janvier, le Moniteur publia un rapport de M. Portalis, approuve par le roi, et qui chargeait une coinniission de neuf membres a d'examiner les mesures que pouvait nt'ccssitcr l'exécution dos lois du royaume dans l'enseignement des écoles ecclésiastiques secondaires. » Par cet acte siguili-^ calif, les ministres avaient voulu donner « à la majorité de la Chambre un

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paragraphe de celle déclaration vous l'apprendra mieux, peiilôlre, que ne le ferait un discours suivi.

« La nécessité d'assurer, dans toutes les écoles ecclésiastiques secondaires, l'exécution des lois du royaume, est généralement l'econnue. »

Je me demande d'abord, en thèse générale de droit, ce qu'ont à faire les lois du royaume avec les écoles ecclésiastiques secondaires ou autres. Si l'Etat est catholique, il doit reconnaître avec tous les catholiques, connue point de foi, l'indépendance absolue de l'Kglise dans rêducalioii de ses ministres, qui ne peut êtie sounnse, sans une usurpation sacrilège, au législateur civil. Il n'a le droit d'y intervenir que pour réprimer les scandales publics, s'il en arrivait, de la même manière qu'il peut et doit empêcher les désordres qui auraient lieu dans les églises pendant la célébration du service divin.

Si ri'^tat n'est pas catholique, sa prèlention de régler, par des lois, l'éducation ecclésiastique, est encore plus énorme et plus alarmante. C'est un commencement de persécution, et le roi des Pays-Bas, qui l'a tenté dernièrement, a été obligé de reculer devant la juste opposition de ses sujets catholiques. Fax Angleterre, en Irkuide même, l'éducation ecclésiastique est libre, et lorsqu'elle ne l'élait pas, les catholiques de ces pays, furent obligés de fonder en Fi-ance, en Espagne, en Portugal, en Flandre, en Italie, des collèges sans lesquels la Religion n'eût pu se perpétuer parmi eux.

Mais, à prendre notre législation telle qu'elle est et pour ce qu'elle est, la [)hrase du ministre est une accusation générale contre le clergé, et particulièrement contre les évoques, qu'elle suppose en état de contravention, et même de contravention volontaire, avec les lois ihi royaume; autrement il aurait suffi de les avertir, sans qu'il fut besoin d'un si grand éclat pour

pngc (le leur n'soliilion à la suivre dans la voie tracée par le dernier inoiivenienl élcoloral. » Ainsi s'exprime à ce sujet M. île Vaulabellc, qni ajoute : « La légalité de l'existence des Jésuites en France, tel devait être en réalité l'objet soumis à lexanien de cette commission. » Uisloire (les Deux lics^ taurations, 5' édit., t. VU, p. ôi^.

réformer les abus s'il en existait. Je dis s il en existait : car, même en entrant dans les idées des adversaires, je doute qu'on pût citer une seule infraction réelle à ce que le ministre appelle les « lois du royaume. » Il n'y a pas infraction dans le nombre des écoles, puisqu'il n'en est pas une qui n'ait été autorisée par le pouvoir légal. 11 n'y a pas infraction dans le choix des professeurs, car le choix en est laissé par les lois mêmes aux évoques. 11 n'y a pas infraction dans le mode d'enseignement et dans la nature des choses enseignées, car les lois n'ont rien prescrit aux évêques sur ce point.

Donc la vraie pensée du ministre est celle-ci : — « Nous vous « accusons d'avoir violé les lois, afin d'avoir le prétexte den « faire une contre vous, parce que, dans notre projet d'établir « une Eglise dont nous soyons maîtres, il faut que nous le « soyons d'abord de son enseignement. » — C'est ce qui va devenir encore plus clair tout à l'heure. Poursuivons.

« Les mesures que cette nécessité commande ont besoin {( d'être complètes et efficaces. »

Il est aisé de reconnaître ici le langage de la Révolution toutes les fois qu'il a été question de recourir à ce qu'elle appelait une grande mesure, c'est-à-dire de commettre quelque grand attentat.

« Elles doivent se coordonner avec notre législation politique « elles maximes du droit pubhc français. »

On ne voit pas nettement d'abord à quoi revient ici notre législation politique; mais, ce mot expliqué par tout ce qui a été dit et écrit depuis quelques années, et par les jraroles qui suivent, il est visible qu'il ne s'agit pas seulement de lois réglementaires, mais d'un enseignement national pour une Église nationale, enseignement qui serait, comme de droit, prescrit et surveillé par l'autorité civile. Les maximes du droit jAiblic français, c est-à-dire les Quatre Articles de 1682, serviront de base à cet enseignement en vertu d une décision des Chambres, ou d'une ordomiance du Roi, ce qui n'est pas autre chose que ce qui se fit, en Angleteire, sous llein-i VIII.

Remarquons, cependant, qu'il n'est déjà plus question des écoles secondaires, les seules dont le ministre ait d'abord parlé.

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Noire U'tjùlation ])()litu{ue et les maximes du droit public franntis Moril, que je sache, qu'une faible connexion avec le rudinuMit. Pour eu li'ouver l'application, il faut monter plus liant, jusciu'aux ^Mands séminaires; et voilà laliiéolo^Miî placée dans le domaine des ordonnances et des lois. Sans cela, évidemment, la « mesure » ne serait pas complète; et, pour qu'elle soit elTicace, il faudra deux choses : des signatures, promesses, ou serments exigés, et dos dispositions pénales |)Our v contraindre. On ira vite et loin par celte voie. Examinons un peu ce qui arrivera probablement.

Beaucoup de professeurs refuseront de signer; un plus grand nombre d'élèves refuseront d'écouter ceux qui sig.ierunt. On discutera de nouveau ces grandes questions, qui, déjà si claires, le deviendront encore davantage. On les considérera sous le rapport de la conscience. Il se formera contre la signature une opinion générale dans le clergé. La division sera si forte, et la chaleur si vive, que Rome ne pourra éviter de parler. De quel côté se rangera-l-elle? Cela n'est pas trop diflieile à piévoir. Sa décision entraînera sur-le-champ l'immense majoiité du clergé. Que fera alors le gouvernement? S'il cède, adieu ses maximes! Si, connue il est plus vraisemblable, il s'obstine, le voilà seul avec quelques prêtres schismaliques, et forcé, quoi qu'il en ait, de persécuter les autres, qui auront derrière eux vingt millions d'honnnes, parmi lesquels il pourra bien s'en trouver quelques-uns aussi peu patients que les Vendéens, et (jue nos paysans de l'Ouest. Toujouis sera-ce un schisme. 11. y aura des èvècjues institués par le l*ape, et des évèques insli;ués par le. Roi : un clergé constitutionnel et un clergé catholique romain. Calculez les suites.

(( Elles (les mesures complètes et efficaces) se rapportent à la « fois aux droits sacrés de la Religion, à ceux du trône, à l'au- «( torité paternelle et domestique, à la liberté religieuse garan- « tie par la Charte. »

Voilà bien le vague doctrinaire et révolutionnaire. Le premier droit de la Religion, c'est d'être libre, car Dieu l'a rendue indépendante -de vous, et de toul pouvoir temporel. C'est donc une odieuse dérision que de nous parler de ses droits sacrés^

quand vous les violez par cela seul que vous prétendez lui imposer des lois.

Ceiix du trône : c'rst-à-dii'e le Souverain affranchi de la loi divine, et dictant les siennes à l'Église dépositaire des commandements et de l'autorité de Dieu.

A r autorité paternelle et domestique. Ceci est par trop bête. Les pères sont-ils forcés d'envoyer leurs enfants dans les écoles ecclésiastiques? 11 n'y a qu'une chose à détruire, si vous voulez rendre à l'autorité paternelle ses droits, c'est votre université.

A la liberté religieuse garantie par la Charte. La liberté religieuse de qui? des prolestants? Que leur importent nos écoles ecclésiastiques? Elles sont, je crois, terriblement ,çeco;îdaires pour eux. Des catholiques? C'est donc en vertu de la liberté religieuse que vous viendrez, — vous, gouvernement, — leur prescrire des articles de religion?

Au reste, mon ami, il faut attendre le résultai des méditalions de ces neuf personnages si singulièrement rapprochés ^ Il y a là des noms qui promettent. Je ne sais pas si vous savez que Mounier est protestant, de sorte que voilà un protestant appelé à réformer les écoles ecclésiastiques catholiques, et chargé de faire la leçon aux évê({Uos sur leur enseignement. Les Jésuites, qu'on anra l'airde vouloir atteindre seuls, ne sont là qu'en nom. C'est à l'Eglise entière ([u'on en veut. El ne croyez pas qu'il y ail un moyen humain de prévenir les maux que nous prévoyons depuis longtemps. Le remède ne sortira que de l'excès du désordre; et c'est par là que, peu à peu, après beaucoup de temps, la vérité se fera jour dans les esprits. C'est l'ordre éternel du monde : nous ne le changerons point. J'aurais à vous dire encore une infinité de choses, mais cette lettre est déjà trop longue, et j'en ai aujourd'hui tant d'autres à écrire, que je n'ai pas même le temps de relire celle-ci. Adieu,

* MM. dft OiiL'lon, arclicvciuc de Paris; l)aron Soguior. vicomte Laîiié, baron Mounier, pair de I-Vancc; [■'culricr. évêqnc de r)eaiivais; comte Alexis de Noaillos; conilo de I-a Rourdoniiaic; Dupiu aiiié, di'puté; de Courville, nicinltrc du conseil de l'Université. Comme on peut le remarquer, la majorité des conunissaires était favoral)le plutôt qu"ho>tilc à la compagnie de Jésus, ce qui n'empèclia pas les clameurs de la Congrégation, et discrédita cependant la mesure aux yeux du parti libéral.

cluM'; aimoz-inoi toujours, écrivcz-inoi souvent. Ces doux épau- (;licnn!uls du ca'ur sont, après Dieu, la seule (:on>olalioii (pie je puisse goûter en ces jours calaniiteux. Tout à vous, et à jamais.

lu-j. — A MADAME LA COMTESSE DE SENKI T.

Le 28 janvier 182S.

Vous savez déjà que le ministère s'est résolu à tenter, tel qu'il est, Touveiture delà session. Il ne parait pas que l'on ait fait de propositions à La Bourdonnaie et Delalot; mais l'évêque d'ilermopolis fut député par ses confieres à Chateaubriand pour lui offrir le portefeuille de l'instruction publique. Sur le premier bruit de cette démarche, le pauvre homme, à ce qu'on me mande, était ivre de joie. Mais, quand il vit arriver don Abbondio ', il s'imagina qu'il pouvait traiter avec le ministère comme Clovis avec les Gaulois; en conséquence, il demanda, comme condition sine qud non de l'alliance qu'on lui proposait, un portefeuille pour Roycr-Collard; quelques-uns disent un autre portefeuille pour le duc de Broglie; l'entrée dans le Conseil pour Berlin de Vaux et de Salvandy ; et enfin 500,000 francs par an pour les Débats. De pareilles exigences ont semblé excessives. On a rompu les négociations et pris le parti que vous connaissez, en se rapprochant toutefois du libéralisme, qui Halte et menace en même temps, et qui a lieu, en effet, de concevoir d'assez belles espéran(u\s. Les probabililés du moment sont (jue le minisléi'c définitif .^e groupera autour de Portalis et de Boy. Toutefois cela dépendra du partage des boules, dont la répartition proportionnelle ne saurait encore être prévue certainement. En altendaul, chacun dit son mot, et la plaisanterie va son train. On demande de (juelle couleur est le ministère, — et on répond (pi'il est Caca-Dimphin.

Le rapport de Portalis, et l'ordonnance rendue sur ce rap-

* Nous avons déjà vu »iue ce iioui renrcrmc une allusion à un personnage (lu roman île Manzoni : / promcssi sposi.

porl, esl une déclaration de guerre à lÉglise et le commencement de la persécution. Je n'ai pas le temps de déduire ici comment cette mesure enveloppe les grands sémimaires aussi bien que les petits, et comment elle serait illusoire pour la fin qu'on se propose et qu'on avoue, si Ton n'en vient à exiger des promesses, des signatures, et à subordonner tout l'enseignement tbéologique à la volonté du pouvoir civil, de la même manière que sous Henri VlII. xS'ous devons nous attendre à tout, car on veut quelque chose de complet et d^efficace, comme le dit le sieur Porlalis. Néanmoins cela demandera du temps, et la crise n'est pas tout à fait si prochaine que quelques personnes qui, hier, étaient fort tranquilles, le craignent aujourd'hui. Après s'être refusé longtemps à voir le mal, on en est plus effrayé et hors de mesure lorsqu'on esl forcé de dire : « Le voilà, pourtant! » La grande question est de savoir ce que feront les évêques. Malheureusement, il y a peu d'espérance de ce côté; il y en a peut-être encore moins d'ailleurs. Mais les événements forceront la main, ouvriront les bouches bâillonnées par la peur, et c'est ainsi que la foi se sauvera. Courage donc, et prière; quelle que soit la puissance des ennemis de Dieu, la sienne est encore plus grande. Inidebit et subsanuabit eos.

On m'écrit : « Les ordonnances apparaissentde jour en jour « pour montrer au peuple une sorte d'abdication de la royaulé. « On invoque la souveraineté populaire en créant descommis- « sions qui doivent décider ce au'il convient de faire sur cha- « cune des questions où il serait le plus nécessaire d'apporter « l'autorité des volontés royales. Le roi, par ses ministres, « n'agit plus; il déclare qu'il ne sait désormais que faire par « lui-même. On nous anriOnce ainsi que le gouvernement royal, (( incapable de savoir, de vouloir, de pouvoir, livre la société (( aux lumières, aux volontés, aux forces des particuliers. »

Je viens d'éprouver encore une vive affliction. Nous avons perdu mon pauvre père; il avait quatre-vingt-six ans, et sa vie n'était plus qu'une lente agonie, supportée avec toute la patience de la foi et toute la vigueur dame d'un chrétien. Je le recommande à vos prières, quoique je le croie maintenant plus heu-

roux que nous. Celle pcrio, nprùs laiil d'autres, [)èse Iristenieut sur mon cœur. Siccine sepantl amara mors?

Mais It! jour de la réunion viendra. Dans le royaume de Jésiis-dlnist, les pleurs n'ont (ju'un tem[)s et la joie seule est éternelle.

\'>C,. — M. DE COniOLiS A LAMENNAIS.

Paris, 19 janvier 1828.

Si j'ai passé si longtemps sans vous écrire, vous savez apparemment pourquoi, monsieur l'abbé. Au cas que vous l'ignoriez, je m'en vais vous le dire. C'est que j'étais en travail d'un ministère. Aujourd'hui que couches el relevailles sont faites, je reviens à vous. Ne parions pkis de M. de Villèle, qui, sans doute pour accomplir toute ma prédiction,

S'en va grossir l'armée

Des ministres qui, dans ce lieu, Sont responsables... devant Dieu.

Parlons de M-'" d'IIermopolis qui s'en va chez M. de Chateaubriand lui offrir le ministère de l'instruction publique.

Piqué de ce mauvais succès d'mie i)late démarche, le ministère, à son tour, a fait le lier, el il se présentera vierge à cette c}uimbrc chaste qui ne voudra « plus de hallebardes entre le pays et la couronne, » mais qui, siu' les « piques, » ne se ren- (Ira peut-être pas si difficile... Vieinie le mois prochain, et nous verrons un beau tapage, et nos tristes prévisions ne se vérifieront pent-èlre que trop.

' On a tl.'jà lu. diMl^ la l.'llrc à M'"" deSoiilït. dal^'e du 28 jinvior, le n'iit de celte di'nianhe, rt'pi'tô à peu pn's dans los niùnies lornu's dont M. do i'.oriolis s'était servi. Nous ne le reproduirons pas. Nous devons soulenient noter qu'en pirlant des cornjitions lailes par M. de (llialeaubriànd, M. de (loriolis emploie la formule dubitative : « Il a l'ait, dtt-im, des conditions inconcevables... On assure qu'il demandait. « etc.. etc.

42i CORRESPONDANCE

En revanclie, VAlmanach catholique nous prédit, pour le mois de mars, la mort de M. de Lafayette, et l'apparition du dernier volume de V Essai siii' F indifférence. M^"" le Nonce est charmé de vos lettres. Il voudrait vous voir ici. Il voudrait vous voir à la tête d'un journal politique et religieux à la portée du grand nombre, et tout propre à neutraliser le venin du mauvais journalisme. C'est ce qu'il me disait tout à l'heure.

M'"^ de la Trémoille aussi est enchantée de votre correspondance, et bien d'autres à qui je me plais autant à la lire qu'elles se plaisent à l'entendre. M™^ de la Trémoille a la plus grande envie de vous connaître. C'est une personne d'un esprit et d'un savoir peu communs chez un femme du grand monde. Je ne lui connais qu'une faiblesse, c'est celle d'avoir peur des Jésuites.

Vous voyez que les Débats ne crient pas merci pour M. de Villèle. Ils veulent qu'on y aille bon jeu, bon argent. M. Roy dit à qui veut l'entendre, qu'il trouve quantité de « non-valeurs.» C'est ce que ses devanciers appelaient « être 5 jour. » Il n'y a que façon de s'entendre.

Ce que je veux que vous n'entendiez que dans le sens le plus explicite, c'est que mon tendre attachement et ma vénération profonde ne peuvent que s'accroître en vieillissant.

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