‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 12 sur 140 · A LA MUIt · texte numérisé non relu

A LA MUIt

A la Chênaie, le 27 janvier 1820.

Je VOUS écris, la tôte toute prise d'un -gros rhume que je m'imagine avoir depuis ce matin. Selon ma coutume, je le traite avec un mépris dont j'espère qu'il ne tardera pas à

verbales dont parle expressément le testament de Lamennais, l'Édileur avait essayt' de réunir tout ce qui pouvait éclairer l'opinion sur les variations lant reprochées à son illustre ami, et en même temps Taire connaître, autant qu'il peut être connu , ce caractère qui jusqu'à présent semble avoir défié l'analyse.

Lorsqu'un classemenl nouveau dut être fait, après la décision certes bien imprévue par laquelle les attributions de l'Éfliteur se trouvaient limitées, les lettres à M. de Vilrolles, antérieures à l^JO, lurent laissées parmi celles qu'on livrait à 1 imprimeur; l'Editeur, dupe d'une illusion de sa mémoire, croyait n'avoir à éliminer que la portion de celte correspondance postérieure à la Révolution de Juillet.

Quand l'erreur fut reconnue, le premier volume de la Correspondance était à moitié imprimé. Avant de subir, dans tout ce qu'elles avaient d'onéreux et de regrettable à divers points de vue, les conséquences de cette méprise qui pesaient à la fois sur la publication et sur lui, lEilileur souniit celte silualiou nouvelle à la famille Lamennais par deux conmjunicalions successives, dont la dernière fut adressée à M. l'abbé Jean, frère de l'illustre défunt.

On y exposait les faits auxquels le lecteur vient d'être initié ; on faisait appel à l'inlérêl bien entendu comme à la loyauté des héritiers du sang: on leur demandait de ne pas exagérer encore, par d'inutiles el judaïques exigences, les rigoureuses prohibitions de l'arrêt par eux obtenu ; de ne pas méconnaître les intentions si claires, si évidentes, du paienrdonl ils assurent que « les volontés leur sont sacrées, » et de la renomn)ée duquel ils se constituent, malgré lui, les champions; de ne pas aggraver, pour l'Editeur, les lenteurs et les travaux d'une publication à laquelle il avait déjà consacré beaucoup de temps et de soins, peut-être dignes de quelque reconnaissance; de lui épargner un sacrifice pécuniaire notable, et fait en pure i)erle, puiscpi'il ne devait servir tju'à nujtiler cette publication, déjà, par leur l'ait, rendue moins complète el moins inlérossanle (jnelle n'eût pu l'être, si, — connue le testament de Lamennais le leur enjoignait expressément, — ilss'élaient abstenus d'y intervenir.

On leur offrait d'ailleurs communication des feuilles imprimées, afin qu'ils n'eussent pas à consentir aveuglémenl à la publication des lettres dont le mainlien étail sollicité.

L'Editeur regrelle d'avoir à dire qn(> cette double démarche eA resiée

loG CORRESPONDAISCE

s'offenser. Que ne peut-on user de cette méthode avec tous les importuns! Vous avez, quant à vous, d'autres ressources; mais je ne sache pas que vous en usiez dans ces circonstances; ce serait pourtant quelquefois beau et bien à propos. Essayez : cela réussira peut-être. Vous me plaignez donc beaucoup, mon excellente amie? Hélas! vous avez raison, puisque je suis loin de vous, loin de notre Père, loin de tous nos chers feuillanlins et feuillantines. Je ne vois âme qui vive. Pour peu que cela dure, il est à croire que j'oublierai à parler, comme j'ai presque oubhé à rire. Alors vous me reprendrez, et commençant au b, a, ba, j'en viendrai, par vos soins, à tant jaser, que vous regretterez peut-être de m'avoir rendu la parole; mais il ne sera plus temps.

Comme je sors rarement de ma chambre, et que les journaux y entrent encore plus rarement, vous me trouveriez extrêmement gothique si j'allais me mettre à raisonner sur les affaires du temps. Je ne connais de temps que celui qu'il fait, c'est-à-dire pluie, vent, grêle, neige, glace et tout ce qui s'ensuit. J'appelle cela ma politique, et je ne serais pas surpris qu'elle ressemblât à la vôtre.

Mais je ne vois la mienne qu'à travers mes vitres; c'est une grande et très-grande différence. Qu'en dites-vous? tn

sans résultais. A sa première demande, pour laquelle un ami commun avait l)ieii voulu s'cnlremellre, et qui était adressée au représentant léi;al de M'"'' de Kcrtangui (nièce et légataire universelle de Lamennais), il lut répondu par un refus formel dont il ignore absolument les motifs, ayant dû res- ])eclcr, à cet égard, le silence gardé vis-à-vis de lui par la personne chargée de celte délicate négociation.

A la seconde, M. labbé Jean n'a fait ni fait faire aucune réponse. Ce silence qui, s'il était volontaire et délibéré, ne serait ni d'un prêtre, ni d'un homme bien né, l'Editeur se l'explique par l'état déplorable de la ^anlé de M. l'abbé .loan. 11 l'accepte donc, sans se permettre de lo juger.

Sur de n'avoir voulu que ce qui était juste, de n'avoir obéi qu'aux inspirations de sa conscience, l'Editeur n'a jtas hésité à donner tes explications détaillées. Les mutilations dont il a été forcé de laiî-ser sub>isler les traces, restent ainsi à la cliarge de qui de droit. El quint aux procédés dont il a été victime, — sans qu'on ait jamais pu songer à les justifier par un seul grief, uiénie frivole, — il n'a ni à les caractériser, ni à les qualifier. Le premier de ces soins serait bien superlln ; laulro ne con\ienl ni à ses idées, ni à sa mi Mon

DE LAMKNNAIS. 1f»7

attendant quo vous disiez, je vous dirai que j'ai congédié mous François, dont j'étais, depuis mon arrivée, fort mécontent. J'ai (îssayé de la douceur, des caresses, de la sévérité, des menaces, rien n'a' servi. Ce mallieurcux enfant n'a pas plus d'Ame ni d'esprit (jue Mako*. Je n'ai jamais rien \u de plus inepte, de plus nul de cœur; ajoutez à cela le mensonge, la fausseté, la paresse, vous aurez l'idée d'un fort plat et fort mauvais petit sujet. Je l'ai renvoyé chez ses parents battre qui il voudra.

Je désire vivement que l'indisposition de M'"*^ de Cougnac n'ait pas eu de suites, non plus que l'indignation de M"*= de Tremereuc. J'aimerais mieux qu'elle me battit que de rester fâchée. Âh çà, mon excellente amie, n'est-ce pas qu'il n'est plus question des torts que je puis avoir? Seriez-vous donc de ceux qui comptent avec leurs amis? Encore, si j'ai bonne mémoire, ne suis-je pas si fort en arriére qu'on me le fait entendre. Mais laissons cela; je ne me défends pas, j'avoue tout ce qu'on voudra, et plus, s'il le faut, pourvu que vous m'aimiez toujours. N'allons pas nous brouiller à cent lieues l'un de l'autre : je ne pourrais pas vous faire enrager pour me raccommoder. C'est là une puissante considéralion, méditez-la. Si vous n'en avez pas le temps, j'en charge ma fille-. Elle a sans doute aussi le talent de méditer. C'est peu de chose, dans le nombre ; mais qu'est-ce que Dieu ne lui a pas donné? Mille amitiés bien tendres à la bonne M"*^ de Villiers et à tous nos amies et amis. J'embrasse mes petites nièces. Souvenirs aux domestiques; et pardon de tant de folies. Adieu, adieu. — Le vilain mot^!

' Il s'a|;it d'un sin<!e, inenlionné ailleurs.

— Une (le ses petites nièces, sans nul cloute; à moins qu'il ne s'agisse d'une des leuillanlinos dont Lanieiniais se dirait le père, dans l'ordre spirituel.

^ Lettres supprimées : — A M. le comte Joseph de Maislre. Sainl-Malo, 5 ftîvrier IS'iO — Im[)riniée dans la Correspondance tie J. de Maistre.

— A M. le baron de Vitrolles ... lévrier 18"iO. — La ilale du lieu n'existe pas; lettre impoitanle, sur l'assassinat du duc de Berry. et les conséquences tpie cet événement peut ou doit avoir.

— Au même. Saint-^lalo, 0 aviil 18*20. — Simple billet ; annonce le départ de Lamennais pour l'aris. l ii billet d'ailleurs insigniliant, adiessé

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